jeudi 25 septembre 2008 Hommage à Bronislaw Geremek - Manifestation en partenariat avec Sauvons l'Europe, Notre Europe, France Pologne pour l'Europe et la CFDT
mercredi 10 septembre 2008 Indispensable, superflue ou aventureuse ? Premiers regards sur la révision constitutionnelle du 23 juillet - Table ronde
mercredi 25 juin 2008 Mai 68 et l'Europe - Séminaire de clôture du cycle « L’héritage de Mai 68 » autour de B. Geremek et E. Pisani
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Il est d'abord d'origine anticoloniale et profondément ancré dans les sociétés. Les écoles de ces Etats l'ont alimenté depuis l'indépendance. Mais il a pris une autre dimension chez les petits-enfants de la décolonisation : celui d'un déni de légitimité fait à l'Occident. Pour les jeunes, dans leurs pays, l'accès à l'emploi, aux responsabilités politiques, à la propriété, même à l'autonomie n'a jamais été aussi compliqué. Dès lors, une sourde révolte gronde contre l'ensemble des institutions calquées sur le système français. C'est un ressentiment contre un modèle de développement importé qui n'a pas tenu ses promesses.
La nouvelle génération se moque des repentances ; elle n'en explose pas moins à toute nouvelle velléité paternaliste des anciennes puissances. "La France n'a plus de leçons à nous donner ", entend-on dans les réunions où l'on se parle franchement. Il n'y a plus de légitimité morale ou technique a priori des Européens, qui, face à l'Afrique, se retrouvent à égalité avec les Américains, les Indiens, les Chinois, les pays arabes.
Il y a ensuite un anticolonialisme politique qui n'a pas dit son dernier mot. Nulle part, les pouvoirs en place n'échappent à la contestation du statu quo par la société qui monte. Il leur est tentant d'éluder la remise en cause des structures en jouant sur la fibre anticoloniale, en dénonçant des ingérences inacceptables... Observons la flambée antifrançaise au Niger : contestation du pouvoir à l'université et dans la presse, mise en cause de la gestion du processus de la rébellion au nord... C'est dans ce climat que se développent, presque comme un contre-feu, des accusations virulentes contre un groupe français accusé de soutenir la guérilla dans le pays touareg. Un anticolonialisme politiquement structuré est donc prêt à venir au-devant d'un ressentiment qui s'est élargi dans la société.
Il y a enfin un militantisme antioccidental ultraminoritaire, mais extrême, raciste, criminel même, qui sait se déguiser sous les habits du nationalisme ou de la défense des valeurs traditionnelles. Il menace d'envahir l'espace public lorsqu'il n'est pas tenu en lisière par les pouvoirs politiques.
L'acrimonie antioccidentale ne s'éteindra pas en un jour. Elle est d'une force politique à la mesure des désillusions de la décolonisation. Elle se nourrit d'une autre vision de la mondialisation : celle d'un monde égoïste, cloisonné, fermé à la différence. C'est pourquoi les Européens ne pourront pas éluder longtemps des gestes concrets : une politique migratoire commune, à la fois généreuse et transparente, et une ouverture par étapes des marchés de l'Union.
Franck Debié | Directeur général
Normalien, agrégé de géographie, docteur en géographie politique, spécialiste des crises et des processus de paix, Franck Debié dirige le Centre de géostratégie de l’École normale supérieure à Paris. Il enseigne les questions européennes à HEC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient et les Balkans.
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite