vendredi 28 mars 2008 Forum pour une Université de l'Europe à Strasbourg - Forum organisé à Paris
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La France s’apprête à assumer la présidence de l’Union européenne à un moment déterminant. Après la grande période d’incertitude qui a suivi le rejet du Traité constitutionnel, le Traité de Lisbonne autorise un nouvel élan, dans lequel le partage du savoir a toute sa place.
Plus que jamais, l’Union européenne a besoin d’une référence à l’esprit européen.
L’histoire de l’Europe se confond avec celles de ses universités. Depuis la première université d’Etat créée par l’Empereur Theodose II en 425, le pouvoir civil n’a jamais cessé d’entretenir des rapports aussi passionnés que difficiles avec le pouvoir intellectuel. Celui-ci est resté confié à l’Eglise jusqu'à la naissance du concept moderne de l’université à la fin du 18e siècle. Son modèle demeure celui de l’Université de Berlin créée en 1809 par Wilhelm von Humboldt : établissement d’enseignement supérieur constitué par un ensemble d’unités de formation et de recherche, d’instituts et de centres voués à la recherche. Pour la première fois la recherche faisait partie intégrante des missions confiées à l’université, devenue le lieu par excellence d’innovation et d’anticipation.
La crise de croissance, l’alourdissement des institutions et surtout la résurgence des égoïsmes nationaux sont venus miner la bonne volonté et l’esprit de solidarité qui avaient permis les grandes avancées de la construction européenne.
Dans cet esprit, nous avons lancé voici deux ans dans les colonnes du Monde, l’idée d’établir une Université de l’Europe à Strasbourg, une institution qui marierait enseignement, recherche et culture avec notre patrimoine européen. Plus récemment, l’Appel pour une Université de l’Europe à Strasbourg lancé en octobre dernier par la Fondation pour l’innovation politique, et cosigné par Jérôme Monod et Bronislaw Geremek, a rencontré un vif écho auprès des universitaires, des intellectuels et des politiques, en France et en Europe.
Plusieurs universités nationales ont déjà affiché leur vocation européenne sans renoncer toutefois aux liens administratifs et séculiers avec leur pays d’implantation. L’Université de l’Europe n’aura qu’une patrie : l’Europe. A l’heure ou cette dernière menace de se dissoudre dans le magma stérile des intérêts mercantiles, l’université apparaît comme un îlot de résistance.
Les liens qui unissent l’université et la société sont définis, pour l’essentiel, par les missions confiées à la première. Une Europe au-dessus des Etats ne pourra tenir sa légitimité que d’une pensée dont les principales responsabilités seront de contribuer au développement durable d’une Europe sans frontières, dans un esprit d’ouverture et de partenariat, où « l’universalisme », sens premier de l’université, acquerra enfin sa signification dans une humanité réconciliée avec elle-même.
En France, comme ailleurs en Europe, l’Université est appelée à bouleverser ses modèles traditionnels. Partout, l’Université est appelée à devenir une institution centrale dans la société en proposant des formations tout au long de la vie qui soient ouverte à tous.
La stratégie de Lisbonne, et, dans une moindre mesure, le processus de Bologne, contenaient déjà l’idée que la formation et la recherche étaient appelées à jouer un rôle majeur dans nos sociétés post-industrielles.
L’Université de l’Europe propose un nouveau modèle universitaire, qui se veut le symbole d’une Europe entrée pleinement dans l’économie de la connaissance. Un test grandeur nature, et non une utopie académique.
La construction européenne évolue au rythme de ses exigences et de ses obligations. Malgré la présence d’institutions parlementaires, juridiques et économiques, nous n’avons pas encore su établir des institutions qui incarnent, d’un point de vue intellectuel ou culturel, nos valeurs communes. Il nous manque une représentation concrète de notre héritage intellectuel, un lieu pour penser et repenser notre identité européenne.
En ce sens, l’Université de l’Europe contribuera à forger une conscience européenne moderne et à définir une identité partagée par tous les Européens.
L’Université de l’Europe proposera un nouveau modèle qui mêlera tradition et innovation, en associant en un même lieu enseignement, formation continue et recherche. Ouverte à tous les citoyens, elle proposera un enseignement pluridisciplinaire et décloisonné, inscrit dans les dynamiques contemporaines de l’économie de la connaissance.
L’Université sera fondée sur un principe de gratuité et proposera des bourses pour la formation continue au niveau européen.
Enfin, l’Université de l’Europe pourrait s’inscrire dans la dynamique engagée avec le European Institute of Technology qui devrait prochainement voir le jour.
La France aura tout à gagner de l’installation de cette Université d’un nouveau type à Strasbourg, ville symbole de la réconciliation européenne. Elle offrirait, à l’heure de la restructuration des universités strasbourgeoises, un nouveau souffle pour cette ville qui pourra devenir la capitale intellectuelle de l’Europe.
Notre projet propose un nouveau souffle à l’Europe et au système de l’enseignement et de la recherche. Il constitue un grand pas de plus dans la marche vers une Europe unie.
Jean-Didier Vincent
Membre de l’Institut,
membre du directoire de la Fondation
pour l’innovation politique
Bronislaw Geremek
Député européen,
vice-président du conseil de surveillance
de la Fondation pour l’innovation politique
Jean-Didier Vincent | Membre du Directoire
Professeur en physiologie et neurobiologiste, membre de l’Institut, Jean-Didier Vincent a consacré un grand nombre de ses travaux à l’étude du cerveau. Sa réflexion aborde également la question des âges de la vie, ainsi que les liens entre philosophie et sciences.
Bronislaw Geremek | Ancien vice-président du Conseil de surveillance (2004-2008)
Ancien ministre polonais des Affaires étrangères, ancien député européen
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite