Dominique Reynié : « La France s'est abandonnée à une écologie culpabilisante »

Entretien paru dans le Figaro Economie - jeudi 22 octobre 2009

Selon vous, « croissance » et « vert » sont-ils compatibles ?

Schématiquement, on peut distinguer l'écologie punitive, volontiers culpabilisante, qui programme la décroissance, et entend limiter l'homme dans ses élans, ses projets, ses inventions ; et puis il y a une écologie fondée sur les ressorts de l'humanité, qui suppose de concilier préservation de l'environnement et satisfaction de l'intérêt du consommateur, du producteur, du citoyen qui veut aller et venir librement. Concrètement, cela signifie que loin de contraindre la recherche et l'innovation, il faut y investir massivement.

Les États-Unis ont lancé leur « révolution verte » à coup de milliards de dollars. La France n'a-t-elle pas déjà un train de retard ?

Si. Il me semble que la France, s'est assez largement abandonnée à l'écologie culpabilisante, par exemple incarnée par José Bové. Un exemple : les OGM. La France a une grande tradition de génie agronomique. Les laboratoires sont en train de se délocaliser sous l'effet du moratoire. Nous avons pris la décision de ne pas y aller : si c'est une erreur, elle coûtera très cher. On considère qu'en raison de la globalisation de l'économie, les productions industrielles de base sont concurrencées par les pays à bas salaire : on nous a promis qu'on allait se rattraper sur les produits à haute valeur ajoutée, où nous sommes compétents. Mais si sur ces produits, comme les OGM ou demain les nanotechnologies, nos entreprises sont délocalisées parce que la contrainte est trop forte, il ne nous restera plus rien.

L'écologie peut-elle être moteur de la croissance ?

La question est au coeur du colloque. Notre mode de production actuel n'est plus capable de nous assurer une croissance à long terme, parce qu'il entraîne des coûts exorbitants pour la planète. C'est donc la reconversion de notre économie à l'écologie qui est la condition d'une croissance durable. Mais cela se fera aux antipodes de l'écologie punitive. Cela se fera grâce aux entrepreneurs, grâce à une régulation publique incitative, grâce aux universités et grâce aux consommateurs.

Auteurs

Dominique Reynié | Directeur général
Professeur des universités à Sciences Po, Dominique Reynié est spécialiste des transformations du pouvoir politique, de l'opinion publique et ses manifestations, des mouvements électoraux, en France et en Europe.