Les (dé)localisations : enjeux politiques d'un phénomène encore mal connu

Document de travail - mercredi 1 août 2007
Si le libre-échange prévaut comme politique économique depuis plus d'un demi-siècle, il est aujourd'hui de plus en plus contesté, que ce soit en Amérique du Sud, aux Etats-Unis ou en France. Au cœur de toutes les craintes : la Chine dont les travailleurs, de plus en plus qualifiés, ont des salaires bien moins élevés que ceux pays développés.

Loin d’être au cœur des seuls débats politiques, ce sujet travaille aussi la communauté des économistes, sociologues, etc. Par délocalisation, il faut entendre aujourd’hui une réorganisation de la production mondiale qui menace, non plus les populations les moins qualifiées, mais celles dont les tâches peuvent être délocalisées. En effet, la vague actuelle de ce phénomène ne touche plus seulement les marchandises, les produits manufacturés, mais s’attaque aux services, du bas de gamme jusqu’à des produits d’une grande sophistication (produits financiers, R&D dans l’informatique, l’électronique et le secteur pharmaceutique…). D’où la crainte des sociétés développées d’être les perdantes de cette nouvelle étape de la libéralisation des échanges qui jouerait, en revanche, en faveur des pays émergeants dont la main d’œuvre, fortement qualifiée, n’est pas défendue par un système de protection sociale. Face à cette nouvelle phase du commerce internationale, deux avis s’opposent. Le premier défend qu’après une période de transition, les pays dits émergeants rejoindront le niveau de vie des pays occidentaux : la libération des échanges n’a, dans ce cas, que des vertus, celle d’accroitre l’offre, de stimuler le commerce, source de revenus et stimulateur de croissance.

Le second point de vue souligne la menace que constituent les pays émergeants, modèles dans lesquels la variable prix, en particulier de la main d’œuvre, devient le critère dominant au détriment de la protection sociale et de l’environnement. Selon Dani Rodrik, le risque existe bel et bien d’une « désintégration sociale ». D’où la nécessité d’un certain protectionnisme « transitoire » destiné à rétablir une concurrence non faussée ou un protectionnisme « altruiste », incitant les pays émergents à s’engager sur le chemin du progrès social. Les politiques commerciales internationales ont donc des effets non seulement économiques, mais aussi sociaux. D’elles dépendent les choix de sociétés comme les modèles de développement aussi bien français qu’européen.

Auteurs

Raphaël Wintrebert | Ancien chargé de recherche
Sociologue de formation, enseignant à l’université Paris-V, Raphaël Wintrebert travaille sur divers sujets parmi lesquels les politiques commerciales internationales, le capitalisme financier, les indicateurs de bien-être ou encore la sécurisation des parcours professionnels.
Il est, depuis novembre 2008, chef de projet au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC).