« L'UPM est vivante »

Entretien paru dans Sud Ouest - jeudi 30 avril 2009
Malgré les difficultés, le projet d'Union lancé par la France en 2008 avance, juge le chercheur Frédéric Allemand.

Au menu de la visite de François Fillon à Tunis figurait la relance de l'Union pour la Méditerranée. Le projet est-il ensablé ?

Non, il est toujours vivant. Une réunion d'experts a eu lieu la semaine dernière à Bruxelles pour examiner l'avancement des projets. Seulement la crise financière internationale et la guerre à Gaza ont été incontestablement des freins. Par exemple, des pays arabes ont reproché à l'Égypte d'être trop conciliante à l'égard d'Israël dans le conflit de Gaza et on a pu craindre des répercussions sur l'UPM. Mais elles n'ont pas eu lieu : l'Union a connu un trou d'air mais n'a pas été torpillée.

Les choses ne sont-elles pas pourtant bien lentes à s'organiser ?

Non si on considère qu'il faut oeuvrer dans un cadre intergouvernemental avec la nécessité d'obtenir l'unanimité de pays aux cultures très différentes. La négociation est compliquée, âpre même, mais les fondations sont en train d'être posées et les commentateurs ont sans doute péché par optimisme s'ils pensaient que l'UPM porterait ses fruits en quelques mois.

L'UPM a-t-elle enfin un patron et un siège ?

Un patron, pas encore, mais on sait que le futur secrétaire général sera un Jordanien, flanqué de cinq secrétaires généraux adjoints chargés de conduire les projets : un Israélien, un Palestinien, un Maltais, un Grec et un Italien. Un siège, oui : il va s'installer à Barcelone, ce qui permet de marquer la continuité entre le « processus » lancé dans cette ville en 1995 et la nouvelle structure, dont le but est à la fois de politiser, moderniser et rendre plus concrètes les relations euroméditerranéennes.

Ces projets concrets, quels sont-ils et où en sont-ils ?

D'abord la dépollution de la Méditerranée. Les dégazages en Méditerranée, ce sont 20 « Erika » chaque année et cela ne représente que 20 % de la pollution totale. La conférence ministérielle d'Amman fin 2008 a acté le projet, les financements de la Banque européenne d'investissements (BEI) sont disponibles, la volonté politique est là car les besoins sont énormes sur le front de la santé humaine. Mais c'est une oeuvre de longue haleine, tout comme le projet d'autoroutes maritimes.

Et à plus brève échéance ?

La Commission européenne a déposé en mars un projet pour l'organisation de la protection civile en Méditerranée face aux catastrophes naturelles : un document circule et devrait être rendu officiel bientôt. On parle aussi de mutualiser les efforts en matière de formation professionnelle : les pays membres ont accordé leurs agendas, et sur ce sujet, les nations du Sud ont un souci très fort : la mobilité des formateurs et des étudiants.

La Turquie participe-t-elle vraiment à la naissance de l'UPM ?

Oui. Elle n'hésite plus car il est bien clair désormais que l'Union pour la Méditerranée et le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne sont deux choses bien distinctes.

Auteurs

Frédéric Allemand | Ancien chargé de recherche senior
Diplômé de Sciences Po et titulaire d’un DEA de droit communautaire, Frédéric Allemand enseigne les questions européennes à Sciences Po et est l’auteur de nombreux articles sur l’Union économique et monétaire.