Le gouvernement 2.0

Le réseau Internet a entraîné une véritable révolution des comportements et des relations entre les individus. On le comprend notamment au travers des mutations intervenues dans le monde du travail qui voit le modèle traditionnel verticalement hiérarchisé se transformer progressivement en un autre modèle, dit « collaboratif », où toutes les parties prenantes sont mobilisées pour travailler ensemble en réseau. Cette transformation, portée essentiellement par l’usage quasi généralisé des outils des technologies de l’information et de la communication intégrés à Internet, augmente l’efficacité et développe l’intelligence collective.La grande nouveauté est qu’elle est exogène à l’entreprise, et vient principalement de ses clients qui, en se mettant en réseau, accèdent à un niveau de connaissance qui les place à égalité avec l’entreprise.

Au niveau d’un Etat ou d’une administration publique, cette transformation est particulièrement stimulante puisqu’elle met en perspective des possibilités encore inédites d’interactions non seulement entre les agents mais aussi entre ces derniers et les citoyens dans le but d’améliorer les services. Les administrations, dans un souci d’efficacité, vont devoir adopter cette nouvelle approche, que l’on nomme « gouvernement 2.0 ».

L’Australie, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, sont très avancés sur ce sujet. Le gouvernement australien repose son action sur trois piliers : l’opendata, qui est la mise à disposition des données publiques, l’utilisation de tous les outils modernes de l’Internet pour améliorer les relations entre les gouvernements et les citoyens, et enfin la transformation de la culture de l’administration en un mode plus collaboratif. Un rapport a été remis dans ce sens fin décembre 2009, et au mois de mai 2010, le gouvernement a officiellement annoncé qu’il allait mettre en œuvre 11 des 13 recommandations de ce rapport.

illustration_opendataL’Opendata

L’opendata est le premier de ces trois piliers. Les Etats-Unis se sont officiellement lancés depuis un an dans l’opendata, en recensant dans un premier temps toutes les données disponibles. Le Président Barack Obama a lui-même demandé à ses administrations d’ouvrir publiquement certaines de leurs données, et en effectue un suivi constant. Ce mouvement a essaimé, et l’on trouve des données gouvernementales au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni, en Norvège, en Autriche, en Estonie. En Italie et en Espagne, des régions ont également ouvert leurs données. En France, la ville de Rennes est, pour l’instant, l’exemple le plus avancé d’initiative opendata.

Mais ceci n’est pas suffisant, il faut également se préoccuper de rendre ces données utilisables. Il y a en effet plusieurs manières de faire : la première, et la plus simple, consiste à les mettre à disposition sur un portail, au travers de pages web, ou bien de les rendre accessibles dans des documents ou des fichiers téléchargeables. Cette méthode présente un inconvénient : on ne peut que consulter ces données. Il faut donc que l’administration aille plus loin, et s’intéresse aux usages qui peuvent en être faits, non pas en définissant les applications qui utilisent ces données, ce qui présenterait l’inconvénient d’être couteux et long, et de détourner l’administration de ses missions traditionnelles, mais en permettant aux citoyens de développer eux-mêmes des applications.

Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus complexe. Seul un modèle collaboratif permet d’y faire face avec efficacité. La bonne méthode consiste alors à laisser aux citoyens la possibilité d’exprimer eux-mêmes leur créativité en utilisant les données publiques. C’est ainsi que plusieurs villes américaines ont décidé que l’ouverture de leurs données municipales passaient par la fourniture d’interfaces de programmation (qu’on appelle des API), des interfaces publiques qui permettent à des citoyens de concevoir eux-mêmes des applications utilisant les données municipales. Le site wiki.open311.org recense certaines municipalités qui ont décidé d’ouvrir leurs API selon un protocole standardisé, ainsi qu’une liste d’applications utilisant les données fournies par les administrations. On y trouve par exemples des applications qui permettent aux citoyens de signaler des problèmes urbains nécessitant une maintenance, comme un éclairage public défectueux, ou bien une dégradation de la chaussée.

Cette méthode présente plusieurs avantages : la municipalité se concentre sur son rôle qui est de gérer et d’animer la ville. Les citoyens se sentent alors investis, et participent davantage à la vie politique. La qualité de la relation politique y gagne car l’engagement des citoyens est plus élevé tandis que les responsables politiques, les administrations et les élus sont incités à mieux justifier leur action. Globalement, il s’agit d’un accord où tout le monde gagne.

Que les administrations ouvrent leurs données est déjà un premier pas important. Mais qu’elles se préoccupent de rendre efficace l’usage de ces données est un élément majeur de la modernisation de l’Etat. Nous n’en sommes qu’au début du gouvernement 2.0, mais l’opendata en est la première étape fondamentale.

Claude Sadaj