Les revendications démocratiques dont nous observons le déploiement dans le monde arabo-musulman sont l’heureux résultat de la globalisation que nous avons beaucoup trop regardée en France comme une « menace » alors qu’elle montre chaque jour quelles perspectives nouvelles elle offre au genre humain. Les technologies d’information et de communication amplifient la puissance de cet élan de libération qui semble obéir à un mouvement spontané, largement impulsé par la jeunesse, cette « jeunesse du monde » vers laquelle nous commençons tout juste à porter nos regards.

Nous voyons à l’œuvre ces schémas opératoires que sont les modèles d’organisation communautaires, propres au monde de l’internet, obéissant à des principes récurrents : pas de hiérarchie verticale, une participation du plus grand nombre, une éthique de la collaboration, un encouragement à la créativité.

Après la tempête, la reconstruction. En Tunisie et peut-être déjà en Egypte, on veut tourner très vite la page et poser les bases d’un nouveau monde, dont le premier accomplissement sera nécessairement l’élaboration d’une constitution démocratique.

Pour ne rien perdre du courant d’émancipation qui traverse le moment présent, un groupe d’américains, basés à San Francisco, inspirés par le modèle du « crowdsourcing » et du « gouvernement 2.0 » a souhaité proposer un outil collaboratif sous la forme d’un wiki, egyptconstitution.wikispaces.com, destiné à la rédaction d’une nouvelle constitution pour l’Egypte.

A travers cette démarche qui émane de la société civile planétaire, nous pouvons déceler les symptômes typiques de cette nouvelle forme d’engagement, comme si tous les citoyens du monde ne devaient plus former plus qu’une seule entité solidaire autour de valeurs universellement reconnues : liberté, justice, honnêteté… Le wiki proposé est un exemple concret de l’esprit coopératif et puissant qui anime les communautés sur internet et illustre l’approche de Tim O’Reilly selon lequel, le gouvernement devrait être une « plateforme ». Sur un wiki, chacun peut proposer ses idées et émettre des opinions. Les acteurs politiques du monde entier sont appelés à s’adapter à des changements rapides dans la configuration de l’espace public. La révolution numérique arrive aussi chez nous.

Claude Sadaj