jeudi 25 septembre 2008 Hommage à Bronislaw Geremek - Manifestation en partenariat avec Sauvons l'Europe, Notre Europe, France Pologne pour l'Europe et la CFDT
mercredi 10 septembre 2008 Indispensable, superflue ou aventureuse ? Premiers regards sur la révision constitutionnelle du 23 juillet - Table ronde
mercredi 25 juin 2008 Mai 68 et l'Europe - Séminaire de clôture du cycle « L’héritage de Mai 68 » autour de B. Geremek et E. Pisani
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Laurence Parisot s'est donnée pour objectif de faire que l'entreprise ait une bonne image dans la société. Dans le contexte qui est le nôtre, image veut dire éthique. Ce contexte ne rend pas la tâche facile pour la présidente du Medef. Les dérégulations dont les entreprises ont bénéficié donnent une grande liberté à leurs chefs, qui, souvent, ne résistent pas à la tentation. Si bien que Laurence Parisot ne cesse d'avouer son désarroi devant le comportement de certains patrons. Quand la société est en attente d'éthique, quand la transparence est la règle, faire aimer l'entreprise met les responsables de l'organisation patronale en porte-à-faux. Sont-il vraiment élus pour faire la leçon à leurs mandants ?
La mise au jour des pratiques de l'UIMM en matière de « fluidification des relations sociales » brouille ce programme. D'abord parce qu'elle peut laisser supposer un certain cynisme patronal. Il y aurait entre le Medef et sa principale fédération, division du travail. Publiquement, Laurence Parisot tance les patrons, pendant que l'UIMM, à l'ombre de ces éclats, met en oeuvre des pratiques que toute l'éthique condamne. Le Medef ne serait-il que la face présentable d'une organisation patronale, qui, à travers cette affaire, se découvre ayant une face immergée aux pratiques douteuses. On comprend que Laurence Parisot enrage. Tout son positionnement se trouve miné. Si, comme elle l'affirme, elle n'a pas été mise dans la confidence des pratiques de « fluidification du social » de la principale de ses fédérations, elle apparaît comme une potiche. Si elle était au courant, son jeu apparaît encore plus douteux que celui de ceux qu'elle dénonce.
Les pratiques de « fluidification des relations sociales » font apparaître un visage du patronat dont on pouvait penser que la naissance du Medef avait tourné la page : celui qui se considère au-dessus des lois qu'il affiche pourtant devoir être respectées par tous. On ne peut pas oublier que Denis Gautier-Sauvagnac a commencé à sortir les 19 millions d'euros de la « fluidification » au moment même où le Medef se dotait d'un comité d'éthique et où les rapports de Daniel Bouton faisaient de la transparence la valeur suprême d'une bonne gouvernance. Eclate ainsi un divorce entre la quête de reconnaissance des patrons individuels, qui, dans la manière dont ils gèrent leurs entreprises, cherchent à apparaître sous leur meilleur jour d'entrepreneurs et les pratiques, plus ou moins obscures, des organisations qui sont supposées les représenter et parler en leur noms. Il y a un problème de gouvernance des organisations professionnelles patronales qui deviennent dangereuses lorsqu'elles échappent à leurs mandants et se transforment en appareils de pouvoir autonomes.
Mais ne généralisons pas. Jusqu'à preuve du contraire, on ne peut pas reprocher les mêmes pratiques aux autres fédérations professionnelles qui composent le Medef. Il semble qu'il y ait un zèle, un style particulier de l'UIMM. A quoi tient-il ? Sans doute à ce que cette fédération patronale considère essentiel de garder le contrôle de la gestion des questions sociales en France. Pourquoi ? C'est que dans social, il y a socialisation, autrement dit mutualisation. Tenir les clefs du social aide à mutualiser sur l'ensemble des entreprises, et la société tout entière, les charges qui permettent la mise en oeuvre des politiques sociales favorables au secteur de l'industrie. Le cas des accidents du travail est exemplaire d'un dispositif qu'on ne parvient pas à faire bouger malgré des scandales comme celui de l'amiante. Le social, ce ne sont pas seulement des charges, mais des transferts de charges. Ici, les branches professionnelles sont moins solidaires qu'opposées, et contrôler le dispositif est essentiel.
Cette affaire, au fond, ne fait qu'illustrer la difficulté à réformer et moderniser le mode de gestion des relations sociales dans notre pays. On avait l'habitude d'accuser les syndicats, leur manque de représentativité, leur conservatisme. L'affaire de l'UIMM témoigne que les torts sont partagés. Cela tient à ce que le patronat n'a pas vraiment de vision de l'avenir de l'organisation sociale en France. Cela l'intéresse-t-il vraiment ? A la vision politique, il préfère la défense de ses intérêts dans le court terme.
Contribuer à l'élaboration d'une vision de l'avenir social de la France, est ce qui devrait d'abord préoccuper la présidente du Medef. Reprendre les postes occupés par l'UIMM ? Oui, mais pour en faire quoi ? L'éthique est indispensable, mais elle ne fait pas une politique. La vraie sortie de la crise serait que le Medef permette aux chefs d'entreprise de dépasser la défense de leurs intérêts immédiats dans une vision politique qu'ils pourraient faire partager à tous les Français.
François Ewald | Président du Conseil scientifique et d'évaluation
Professeur au Conservatoire national des arts et métiers (chaire d’assurances) et directeur de l’École nationale d’assurances, François Ewald préside l’Observatoire du principe de précaution et le Conseil scientifique et éthique d’AREVA.
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite