Face au choc démographique

Entretien avec Michèle Debonneuil, conseiller économique au cabinet du Ministre de l'Emploi et conseiller de la Fondation lundi 11 décembre 2006
Dans un entretien avec Franck Debié, Michèle Debonneuil, conseiller économique au cabinet du Ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement et conseiller de la Fondation pour l'innovation politique, livre son analyse des conséquences du choc démographique à venir. Pour elle, celui-ci introduira un bouleversement de tous les équilibres macro et micro-économiques, et il ne sera plus possible de conserver nos systèmes actuels de protection sociale ni même de production avec le vieillissement de la population.

Selon Michèle Debonneuil, le choc démographique va bouleverser tous les équilibres macro et micro-économiques : il ne sera pas possible de conserver nos systèmes actuels de protection sociale ni même de production avec le vieillissement de la population. L’immigration accrue ou les politiques d’activations peuvent freiner le choc (comme aux Etats-Unis). Elles ne permettront pas de l’éviter. Le coût de la dette sociale va devenir trop lourd. Le coût du travail va devenir trop élevé. Si nous n’inventons pas une nouvelle économie, si nous ne trouvons pas le moyen de dégager de nouveaux gains de productivité, d’augmenter très sensiblement la valeur ajoutée de notre économie, nous serons forcés de résoudre (partiellement) le problème en acceptant des niveaux d’inégalité et d’informalité jusque là inconnues en Europe (mais plus familiers aux Etats-Unis ou en Chine). Pour elle, ces dilemmes sont sous-estimés dans les grands rapports de prospective. La Fondation pour l'innovation politique et l’équipe dirigée par Philippe Brongniart ont eu raison de s’intéresser à ce problème existentiel dès sa création. Il faut aller plus loin. Beaucoup considèrent encore que le choc démographique peut être géré. Il y a longtemps eu un consensus des économistes sur ce point, mais celui-ci commence aujourd'hui à se fissurer. 

Sauf pour une toute petite partie de la population, l’épargne ne peut apporter qu’une modeste contribution aux problèmes liés au choc démographique. Inciter à l’épargne individuelle ou collective au-delà d’un certain seuil risque de compromettre la croissance – déjà faible – et de compliquer encore la recherche de solutions.

Il n’existe pas d’autre solution, que de trouver de nouvelles sources de d’emploi et donc de croissance, ainsi que de nouveaux gains de productivité. Ces ressources d’avenir sont moins à chercher du côté des nouvelles technologies en tant que telles – les bulles spéculatives se succèdent dans ce domaine – que du côté des services aux entreprises mais aussi aux personnes qui les utiliseront. Mais les services aux personnes du futur restent encore à organiser ; les prestataires doivent s’organiser pour :

  • éviter de se trouver dans une situation trop défavorable par rapport aux employeurs (à l’image des domestiques du passé) ;
  • se former continuellement ;
  • intégrer les nouvelles technologies.

L’économie de l’intelligence, de la création appartient à ce champ. Elle est aujourd’hui complètement verrouillée par des castes qui se sont arrogées des monopoles et veulent pérenniser à leur profit une économie administrée dans le domaine de la recherche, de l’environnement de la culture, de l’enseignement, de l’administration et d’une grande partie des services publics... Un véritable agenda libéral et social devrait s’attacher à casser ses castes qui vont nous empêcher de penser et de préparer l’avenir. Car nous n’avons pas moins à faire que d’imaginer une économie complètement nouvelle, comme au temps des grandes révolutions industrielles, mais sous une contrainte qui deviendra de plus en plus pressante.

 

Auteurs

Franck Debié | Ancien directeur général
Normalien, agrégé de géographie, docteur en géographie politique, spécialiste des crises et des processus de paix, Franck Debié dirige le Centre de géostratégie de l’École normale supérieure à Paris. Il enseigne les questions européennes à HEC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient et les Balkans.