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mercredi 1 octobre 2008 Turquie, Liban, Irak, Iran : nouvelle donne au Moyen-Orient ? - Table ronde
jeudi 25 septembre 2008 Hommage à Bronislaw Geremek - Manifestation en partenariat avec Sauvons l'Europe, Notre Europe, France Pologne pour l'Europe et la CFDT
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Ces propositions sont présentées comme témoignant de la nécessité de rompre avec la manière dont on faisait la politique. Rompre, c'est surprendre. Et d'une certaine manière se surprendre soi-même. D'où vient la proposition de jurys populaires ? D'abord des circonstances. Ségolène Royal est invitée à la Cité de la réussite, où elle lance sa proposition en réponse à une question sur les difficultés de la démocratie. A-t-elle vraiment fait l'objet d'une délibération concertée ? On peut en douter : ses propres partisans semblent eux-mêmes pris de court et, dans le brouhaha qui s'ensuit, la candidate transforme sa proposition si bien que, une semaine plus tard, on ne sait plus ce en quoi elle consiste. Il en reste pourtant qu'au-delà du projet laborieusement élaboré par le Parti socialiste et qui, en principe, lie les candidats, chacun peut s'autoriser de ses propres propositions. C'est le règne d'un certain arbitraire personnel, ratifié par sondages interposés.
On aurait pu attendre que son auteur développe sa proposition et la présente sous une forme argumentée. Les mondes politique et médiatique sont brusquement pris de fièvre. La proposition, lancée à la volée, est prise avec le plus grand sérieux. On la décortique. On fait des contre-propositions. Pourquoi ne pas retransmettre en direct à la télévision les séances du Conseil des ministres ? Mais qui donc peut croire que le « peuple », qui n'en demande pas tant, prenne ces propositions autrement que comme des gadgets, sur le mode de l'ironie, comme témoignage de la dernière lubie de leurs élus.
Parce que la vie est ailleurs. Pareille proposition relève du narcissisme politique. Elle témoigne du malaise d'élus qui ont le sentiment d'avoir perdu le contact avec leur électeurs et vivent dans la crainte qu'ils ne leur échappent. Ce narcissisme politique témoigne en même temps d'une conscience politique étriquée, bornée aux frontières nationales comme si le pays pouvait aujourd'hui vivre en vase clos, fermé sur lui-même, comme s'il était seul au monde. La question la plus urgente pour le peuple français est-elle vraiment de savoir s'il doit participer à des jurys populaires ? N'est-elle pas plutôt de comprendre ce qu'il va devenir et la France dans le monde qui vient ? Ne serait-il pas plus pertinent que les politiques fassent en sorte que se développent des organismes indépendants capables d'éclairer les grands enjeux du futur ?
Au-delà, cette proposition de jurys de citoyens peut apparaître aventureuse. Les quelques expériences de jurys ou de conférences de citoyens que l'on a pu faire laissent songeurs. Leurs meilleurs défenseurs considèrent qu'il convient d'abord d'éduquer les futurs citoyens jurés. Quel marque de confiance dans la capacité de juger du citoyen non expert ! Dans la pratique, en effet, l'organisation de ce type de débats ne donne pas le pouvoir au peuple, mais à des minorités, à des lobbys, de fait à d'autres professionnels de la politique ou à des professionnels d'autres politiques. Et lorsque ces débats existent, comme en matière d'OGM, ils sont conduits de manière qu'aucune décision ne soit prise tant que la minorité n'a pas pu imposer son point de vue. Ce sont des machines de pouvoir qui n'engendrent aujourd'hui que l'irrésolution. Est-ce vraiment le moment de plonger la vie politique française dans l'indécision, quand on constate que la vitesse d'évolution de notre environnement demande qu'on puisse décider rapidement, et sans avoir constamment à revenir sur la décision prise. Les manipulations auxquelles ont pu donner lieu les récentes élections du conseil d'administration d'Attac ne devraient-elle pas faire réfléchir ceux qui rêvent de démocratie alternative ?
Pareilles propositions font écho à la philosophie qui domine l'âge du « débat » : le relativisme. Toute opinion en vaut une autre. A tout argument s'oppose un égal argument. C'est l'ère de l'irrésolution. Il n'y a pas de vérité au-delà de la diversité des opinions. Mais, si les valeurs et les choix sont devenus à ce point incertains, faut-il pour autant élever le relativisme au rang de politique, lui qui est peut-être la vraie cause de la crise politique si profondément ressentie par nos élus ?
La proposition témoigne enfin que le rêve français de la démocratie pure et parfaite, impliquant tous les citoyens sur tous les sujets, reste toujours aussi vivace. La proposition de Ségolène Royal n'est pas si neuve. Elle a l'âge des premières utopies démocratiques. Pareils projets ont déjà fleuri sous la Révolution française, certains avec les conséquences que l'on sait. A peine vingt ans après qu'on a célébré son bicentenaire sur le thème de la « fin de la révolution », c'est comme si, oublieux, on était prêt à recommencer. Est-ce que ce dont nous manquons aujourd'hui, c'est de pratiques de la démocratie, toujours insuffisantes eu égard à son idéal, ou de pratiques de gouvernement aptes à conduire le pays vers son avenir. La proposition de Ségolène Royal flatte ce rousseauisme qui domine aujourd'hui les passions politiques françaises. Il n'est pas sûr qu'il nous qualifie dans la compétition mondiale.
Etrange pays, étrange moment où les élites en appellent au peuple pour qu'il exerce le pouvoir qu'ils lui auraient confisqué. Elles seront bien surprises s'il doit les prendre au mot.
François Ewald | Président du Conseil scientifique et d'évaluation
Professeur au Conservatoire national des arts et métiers (chaire d’assurances) et directeur de l’École nationale d’assurances, François Ewald préside l’Observatoire du principe de précaution et le Conseil scientifique et éthique d’AREVA.
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite