Non à la France frileuse

Tribune parue dans L'Usine Nouvelle le 14 septembre 2006 jeudi 14 septembre 2006
La France se distingue par un « retour au Rousseauisme », que l’on peut observer notamment chez les adversaires des OGM. Dans aucun autre pays ce sujet de société n’a suscité autant de passions. Cette attitude est dangereuse, car elle revient à condamner la recherche. Il faut au contraire défendre la recherche et refuser sa « diabolisation », ce doit être notamment le rôle des politiques.

En France, pour les adversaires des plantes génétiquement modifiées, le sigle OGM est devenu un symbole du mal, c’est-à-dire de la prétendue perversion de notre civilisation scientifique et technique. Le débat passionnel qui entoure ce sujet de société n’existe pas en dehors de nos frontières. Une position marginale que nous devons à notre propre histoire. Depuis 1968, on constate un retour du « Rousseauisme » dans l’idéologie française, incarnée par José Bové mais aussi par Ségolène Royal, qui a soutenu que la région Poitou-Charente serait une zone libre d’OGM. Ce courant naturaliste prend le contre-pied du culte scientiste qui s’est imposé à la fin du XIXème siècle. Les discours que l’on entend aujourd’hui se rapprochent même de ceux qui ont entouré Hiroshima : une limite au savoir qui, lorsqu’elle est franchie, devient une menace pour l’humanité. Condamner la recherche sur les OGM par peur de prendre des risques est scandaleux et dangereux. Dans les années 40, la Russie a interdit l’utilisation de la génétique suite à une recommandation de Lyssenko, alors président de l’Académie Lénine des sciences agricoles d’URSS. On connaît la suite : une longue période de famine. Je ne dis pas que les OGM vont résoudre la faim dans le monde. Je ne dis pas non plus qu’il n’y a aucun danger à les cultiver d’un point de vue environnemental. En revanche, ils peuvent être un instrument utile pour améliorer les semences, ce qui est la tradition des agriculteurs dans le monde entier. C’est pourquoi il est capital de maintenir et même d’inciter la recherche.

Si la France arrivait à maîtriser cette diabolisation, elle serait bien placée pour faire entendre une voix raisonnée. C’est-à-dire promouvoir la recherche, et en même temps, respecter et défendre la biodiversité. Seuls les politiques peuvent trancher. Tout ce que l’on peut espérer c’est que la loi prévue pour octobre fixe des règles du jeu nettes afin qu’on ne se retrouve pas avec une multitude de procès qui finiront par phagocyter l’économie.

Auteurs

Dominique Lecourt | Membre du Conseil de surveillance
Professeur de philosophie à l'université de Paris-VII, vice-président de l'Observatoire du principe de précaution