jeudi 25 septembre 2008 Hommage à Bronislaw Geremek - Manifestation en partenariat avec Sauvons l'Europe, Notre Europe, France Pologne pour l'Europe et la CFDT
mercredi 10 septembre 2008 Indispensable, superflue ou aventureuse ? Premiers regards sur la révision constitutionnelle du 23 juillet - Table ronde
mercredi 25 juin 2008 Mai 68 et l'Europe - Séminaire de clôture du cycle « L’héritage de Mai 68 » autour de B. Geremek et E. Pisani
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Les inspirateurs de ce mouvement s’en prennent à la consommation de viande (voire de lait, d’œufs et de fromage) de la majorité de leurs contemporains. Ils dénoncent la vivisection pratiquée dans les laboratoires à des fins d’expérimentation scientifique. Ils entendent « libérer les animaux des endroits où l’on abuse d’eux ; infliger des dommages économiques à ceux qui profitent de la misère et de l’exploitation des animaux ; révéler les horreurs et les atrocités pratiquées sur eux dans l’industrie agro-alimentaire ». Groupe minoritaire, ils miment le langage des organisations homosexuelles en protestant contre la « végéphobie », et se plaignent d’être « ignorés, ridiculisés et diffamés » par les mangeurs de viande. Ils s’adressent à ces derniers sur le mode moralisateur. Ils tonnent contre le « spécisme » qu’ils définissent comme « l’idéologie raciste qui justifie l’exploitation de l’animal par l’homme ». Ils appellent les parents à élever leurs enfants dans le respect du végétarisme afin qu’ils n’acquièrent pas précocement le « goût du sang ». Ne sommes-nous pas tous des animaux ? La science ne l’a-t-elle pas établi ? De quel droit nous autres animaux humains massacrons-nous ainsi les « animaux non-humains » ?
Ces interpellations ne sont pas aussi naïves qu’elles peuvent paraître, elles proviennent d’un intense débat philosophique qui se poursuit dans les pays anglo-saxons depuis le livre retentissant de Peter Singer, l’un des grands maîtres de l’« éthique appliquée », intitulé Animal Liberation (N. Y., 1975). De ce débat, la philosophe américaine Cora Diamond donne une version qui va droit à l’essentiel dans son grand livre sur L’esprit réaliste (trad. franç. PUF, 2004). Elle-même végétarienne pour des raisons personnelles, elle présente une analyse critique et réflexive du raisonnement végétariste auquel elle s’oppose : nous sommes vivants ; tout ce qui est vivant est susceptible de souffrir ; et l’animal tout particulièrement ; par solidarité donc nous ne devons pas faire souffrir les animaux. Elle montre que c’est en définitive de la conception que nous nous faisons de l’être humain qu’il s’agit en ce sophisme. Le désigner comme « animal humain » pour mieux attribuer aux « animaux non-humains » des droits et des intérêts, c’est se rallier à une conception utilitariste et individualiste de la personne humaine ; et c’est pratiquer l’intimidation éthique à bon compte. La conception strictement biologique de l’être humain à laquelle les militants du végétarisme adossent leur philosophie promeut une version étriquée de la vie humaine. Elle ignore que seule la part non-animale, la part affective, culturelle, historique de l’être humain peut donner sens et valeur à l’idée scientifique qu’il est un animal.
Que les défenseurs du « droit des animaux » aient versé plus d’une fois dans la violence contre certains humains se comprend aisément : cette violence n’est que l’expression de cette conception unilatérale et réductrice de notre condition.
Certes, nous avons tous à refuser les mauvais traitements que peuvent favoriser à l’encontre des animaux la cupidité des uns dans l’industrie et le dogmatisme des autres dans les laboratoires. Mais il ne s’agit pas de « droits » et d’« intérêts », pas davantage de compassion ; il s’agit de la valeur de tout ce dont l’être humain s’enrichit du fait de la présence des animaux dans sa vie : de l’amour que nous leur portons et qu’ils nous rendent, des jeux, des terreurs aussi, des contes captivants, des fables édifiantes, des images bouleversantes que nous leur devons. Comme le dit, à peu près, Cora Diamond, il reste, en définitive, aux défenseurs du droit des animaux à aimer vraiment les animaux ! J’ajouterai : et peut-être aussi, par voie de conséquence, les êtres humains.
Dominique Lecourt | Membre du Conseil de surveillance
Professeur de philosophie à l'université de Paris-VII, vice-président de l'Observatoire du principe de précaution
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite