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mercredi 22 octobre 2008 À la recherche de l’urbanisme durable - Conférence inaugurale du cycle « Villes et développement durable »
mercredi 8 octobre 2008 Vers une convergence des systèmes de formation professionnelle au niveau européen ? - Table ronde
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La question ne date pas d'aujourd'hui. Elle s'est posée dans les années 1830-1840, quand la grande industrie s'est révélée être accompagnée de cette maladie que les enquêteurs sociaux ont décrite du mot terrible de "paupérisme". L'industrie, s'est-on demandé à l'époque, est-elle si bienfaisante qu'elle le prétend ? Ne conviendrait-il pas d'en freiner les développements pour encourager cette société rurale et agricole qui semble offrir les conditions d'une meilleure civilisation ? Une sorte d'accord fut passé entre les pouvoirs publics et les industriels selon lequel il était de leur responsabilité de faire que l'industrialisation se révèle bienfaisante.
Ainsi est née la première responsabilité sociale des entreprises, la fameuse "RSE". Les Dolfuss à Mulhouse, les Schneider au Creusot, les Wendel en Lorraine, les dirigeants des compagnies minières comme des compagnies de chemins de fer l'ont prise très au sérieux : logements ouvriers, caisses de retraite et de secours, économats, écoles, terrains de sports, ils ont organisé le territoire de leurs entreprises sous le régime d'un gouvernement qu'on décriera sous le terme de "paternalisme", et dont Michelin reste peut-être le dernier vestige en France. Ce programme fut à la base de la construction de l'Etat providence dont les patrons réclameront longtemps la cogestion. Ainsi, RSE aidant, la grande entreprise a-t-elle pu apparaître comme facteur de bien-être et de civilisation.
La question est que, aujourd'hui, ce programme de RSE est défait pierre après pierre. Est-ce un effet des contraintes de la mondialisation ? Les entreprises ne veulent plus porter les risques sociaux de leurs salariés, qui sont externalisés les uns après les autres. En matière sociale, on ne parle plus de "responsabiliser" les entreprises mais les salariés. Il leur appartient d'être "employables" s'ils veulent avoir du travail, d'être prévoyants pour couvrir leur retraite et précautionneux dans leur accès aux soins. Certaines formes de rémunération des patrons peuvent témoigner qu'au sein de l'entreprise employeurs et employés ne partagent plus le même sort, quand la financiarisation de l'économie témoigne que les nouveaux maîtres du monde sont des irresponsables auxquels on ne peut faire confiance que pour s'enrichir au plus vite.
L'entreprise est le lieu d'une dépendance pour ceux qui en vivent, de fait et de droit. Il n'est jamais très agréable de vivre dépendant, surtout quand fontt défaut la vision de l'avenir et la confiance dans celui dont on dépend. C'est en organisant cette relation de manière qu'elle soit facteur de civilisation que les entreprises se réconcilieront avec la société. Ce programme, qui s'appelle toujours "RSE", responsabilité sociale des entreprises, s'inscrit dans la perspective d'un "développement durable". C'est la chance que les entrepreneurs du XXIe siècle doivent saisir : organiser le développement comme "durable".
Certains entrepreneurs l'ont compris : le développement des entreprises dépend de la qualité de leur environnement. Et de nombreuses initiatives sont prises dans cette direction : avec le monde enseignant, par le développement de l'apprentissage, pour éviter la formation de ghettos (Charte de la diversité), dans l'association avec l'Université et la recherche (pôles de compétitivité), par la création de fondations d'entreprise et le mécénat, dans la protection de l'environnement. Mais ces initiatives sont moins sociales que sociétales. Eu égard aux anciens engagements, elles apparaissent plus comme des compensations ou des succédanés que comme l'expression de la volonté de prendre vraiment les choses en main. Elles apparaissent dispersées sans être coordonnées dans un programme qui les valoriserait toutes solidairement.
François Ewald | Président du Conseil scientifique et d'évaluation
Professeur au Conservatoire national des arts et métiers (chaire d’assurances) et directeur de l’École nationale d’assurances, François Ewald préside l’Observatoire du principe de précaution et le Conseil scientifique et éthique d’AREVA.
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite