Afrique-France-Europe : les sentiers de l'avenir

Actes de colloque mercredi 27 février 2008
Organisé les 6 et 7 février 2007 par la Fondation pour l’innovation politique à Ouagadougou, en partenariat avec l’Institut Afrique moderne et la Konrad-Adenauer-Stiftung, ce deuxième colloque international a été l’occasion d’un mélange des genres inédit : des hommes politiques de droite et de gauche ; des personnalités de la classe politique, du monde de l’entreprise, de la sphère académique, de l’administration et du gouvernement ; des experts du Nord et du Sud ; et une participation très active du public burkinabé. Durant ces deux jours de débat et de proposition, l’idée du partenariat euro-africain a été repensée à la lumière du bilan de cinquante années de coopération, sans concession.

Les conclusions de ce colloque font écho à la mise en garde d’Hubert Védrine dans son « Rapport sur la France et la mondialisation » remis au Président de la République française en 2007 : « Notre capacité́ d’écoute est insuffisante ». Les discussions ont, en effet, mis en évidence la nécessité d’élaborer un partenariat d’un genre nouveau, de tenir compte désormais de la volonté de plus en plus marquée des Africains de prendre leur destin en main et de s’approprier leur politique de développement. Ce qui suppose, côtés français et européen, une nouvelle aptitude à une écoute bien comprise.

Un consensus s’est ainsi formé : l’avenir de l’Afrique dépend de sa capacité à définir de sa propre initiative son contrat social interne et son mode de relation avec l’extérieur. C’est à ce prix qu’elle pourra renforcer son intégration dans la mondialisation. C’est à cette condition qu’elle pourra élaborer sans craintes ni arrière-pensées un projet politique commun avec l’Europe.

Les préoccupations partagées que sont la compétitivité économique, la protection de l’environnement et le développement du capital humain, atout potentiel de Afrique, donnent un cadre pertinent à ce nouveau partenariat. Ce qui signifie la révision des relations migratoires : il faut mettre fin à la fermeture de fait des frontières européennes, avec ses corolaires que sont l’exil des compétences vers d’autres continents ou l’immigration clandestine tenue par des réseaux organisés. Il y a une épaisseur des liens humains entre l’Europe et l’Afrique qu’il est temps de prendre en compte, sauf à laisser la place à la Chine ou aux Etats-Unis. Une raison sans appel pour envisager des solutions comme la fluidité des allers-retours, une meilleure organisation de la remise migratoire, des investissements croisés. Ce qui veut dire, non seulement des actions européennes communes et structurées avec les Africains, mais surtout un vrai courage politique.

Auteurs

Dominique Lecourt | Membre du Conseil de surveillance
Professeur de philosophie à l'université de Paris-VII, vice-président de l'Observatoire du principe de précaution

Anne Goirand | Secrétaire général