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mercredi 10 décembre 2008 La fin de la démocratie ? - Cycle de débats autour de Coriolan (Shakespeare)
mercredi 3 décembre 2008 Construire la ville du futur : urbanisme et développement durable - Conférence du cycle « Villes et développement durable »
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Elève des jésuites, j'ai bien cru être croyant après m'être confessé pour la première fois. Exalté, j'en avisai aussitôt ma mère qui n'y accorda aucune attention et passa à autre chose. Moi aussi ; mais j'ai pris garde de ne rien oublier.
La religion, c'est d'abord une affaire de famille. C'est l'ensemble des sentiments puissants qui engagent l'être de chacun dans les rapports dramatiques qu'il entretient, par les autres, avec soi-même. Depuis, j'ai su qu'Alain avait écrit en ce sens, enracinant la religion dans le rapport de l'enfant à sa mère ; qu'elle soit juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste ou animiste.
Tout cela n'a rien à voir avec la connaissance ? Au moins avec la science au sens moderne d'une objectivation progressive de processus rationnellement contrôlables. La science n'est fille d'aucune religion ; elle n'en confirme ni n'en réfute aucune. N'en déplaise aux scientistes du XIXème siècle, la religion ne se réduit pas à l'absence d'une connaissance adéquate.
Ils sont bien naïfs ceux qui ne voient dans la religion qu'« asile de l'ignorance » ou « opium du peuple ». Et bien présomptueux ceux qui prophétisent encore aujourd'hui l'extinction des questionnements religieux par le progrès de la rationalité scientifique. Les flammes théologico-politiques qui, sous nos yeux, embrassent de plus belle l'humanité ne sont pas le seul apanage de peuples incultes. Ce sont des ingénieurs et des techniciens qui ont mené la révolution islamique iranienne. Des mathématiciens, des informaticiens et des biologistes de renom défendent aujourd'hui les spéculations sur l'« Intelligent design » contre la théorie darwinienne de l'Origine des espèces.
Le foyer religieux de l'âme humaine, ce sont des pulsions d'amour et de mort. Elles sont irréductibles. Elles peuvent à l'occasion se révéler très sanglantes. D'où la radicale peur « bioéthique » qui saisit nos sociétés lorsque les technologies, au nom de la science, bousculent les bases physiologiques où la famille moderne cherche à assurer ses normes propres.
Reprenons l'indispensable réflexion philosophique, historique et critique, sur l'idée de la liberté humaine qui peut nouer entre elles les valeurs de vérité, d'amour et de justice. Contre les dogmatismes de tous ordres, les professeurs de philosophie pourraient y apporter une contribution majeure.
Dominique Lecourt | Membre du Conseil de surveillance
Professeur de philosophie à l'université de Paris-VII, vice-président de l'Observatoire du principe de précaution