mercredi 26 novembre 2008 La ville : un milieu naturel pour l'homme ? - Conférence du cycle « Villes et développement durable »
mercredi 19 novembre 2008 La lutte contre les discriminations liées à l’âge en matière d’emploi : enjeux et perspectives en France - Table ronde
mardi 4 novembre 2008 Les élections américaines : ce qui va changer pour l’Europe - Conférence du cycle « Les rendez-vous de la mondialisation », en partenariat avec le quotidien La Croix et le Centre de géostratégie de l'ENS
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Depuis, les responsables français ont corrigé le tir, et la grande utopie de l'Union méditerranéenne redevient compatible avec les exigences de Bruxelles et de Berlin : personne ne sera exclu, et tous pourront se mêler des affaires de la Méditerranée. Cet accord ne fera pas double emploi avec les dispositifs existants et n'écornera pas les budgets déjà dédiés. Aussi peu lisibles que soient le processus de Barcelone ou la politique européenne de voisinage, ils poursuivront leur chemin à côté d'une Union méditerranéenne réduite à une « union de projets ». Alors, pourquoi, malgré ces réassurances, l'idée passe-t-elle si difficilement, et pas seulement en Allemagne ?
Parce que les initiatives des Etats, surtout des grands, provoquent presque automatiquement le procès en arrogance de tous les autres : « Pour qui se prend la France ? » Les coopérations intergouvernementales ont mauvaise presse parmi les pays de moindre taille qui constituent désormais l'essentiel du Conseil européen. L'Europe, c'est pour eux le consensus obligatoire, les projets à 27... ou rien. Tout ce qui est plus national, plus rapide, moins concerté, dérange. Et les initiatives françaises risquent de venir s'échouer sur cette réticence de principe.
Préoccupés de faire de l'Union un instrument de rayonnement accru pour la France, nous n'avons pas vu qu'elle avait, inscrit dans son code génétique, le projet de limiter la capacité d'initiative des grands Etats, afin d'éviter à tout prix le retour au concert européen du XIXe siècle. Plus jamais les guerres entre Européens, certes, mais plus jamais le congrès de Vienne non plus.
Les institutions communautaires ont institutionnalisé le rétrécissement de l'influence des grands Etats : chacun des 400 000 Maltais pèse seize fois plus au Conseil européen (3 voix) et dix fois plus au Parlement (5 députés) que chacun des 63 millions de Français (3 voix au Conseil et 78 députés). Du coup, l'Union donne, sans le vouloir, une prime à la dislocation politique : les ex-Yougoslaves pèseront plus désunis que rassemblés dans une seule fédération.
L'Europe s'est partiellement dévitalisée par cet étrange système où les grands Etats ont renoncé à peser leur poids, à apporter leur puissance financière et politique, en contrepartie d'une certaine tolérance pour leurs intérêts particuliers. Le traité de Lisbonne ne corrige pas ce défaut alors qu'il aurait dû l'inverser : redonner son poids et sa pleine capacité d'initiative à chacun en fonction de sa taille, en exigeant, bien sûr, la même observance de tous.
Franck Debié | Ancien directeur général
Normalien, agrégé de géographie, docteur en géographie politique, spécialiste des crises et des processus de paix, Franck Debié dirige le Centre de géostratégie de l’École normale supérieure à Paris. Il enseigne les questions européennes à HEC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient et les Balkans.
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite