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La France qui a multiplié les déclarations de fidélité aux Etats-Unis doit-elle répondre à cet appel ? Constatons d’abord qu’il semble de sonner un peu dans le vide. Les souverains des Emirats appellent à une reprise des investissements et à une intensification des relations avec l’Iran. « Nous avons vécu des milliers d’années avec l’Iran. L’Iran sera encore là quand les Etats-Unis seront partis. Nous ne nous laisserons pas enrôler de force contre nos propres intérêts », nous confiait un universitaire émirati. La Turquie et l’Iran n’entretiennent pas non plus de contentieux sérieux. Au contraire, leurs échanges commerciaux se renforcent et l’Iran assiste sans déplaisir aux opérations turques au Kurdistan irakien. Quant au Pakistan, englué dans sa crise politique, que peut-il faire contre l’Iran ? Une action militaire contre Téhéran risque de répéter les erreurs du nouvel impérialisme maladroit des années 2000 qui a contribué à l’enlisement des Occidentaux dans plusieurs conflits.
Comme en Irak, une action préventive contre des « armes de destruction massive » devrait être justifiée par des informations dont nous savons, d’ores et déjà, qu’elles sont incertaines. De plus, faute de l’aval du Conseil de sécurité, une intervention se ferait en violation d’un droit international déjà mal en point. Enfin, l’idée naïve que des bombardements suffiraient à faire tomber un régime peu sympathique oublie que ce régime a survécu aux guerres et aux crises en utilisant le besoin d’unité nationale des Iraniens. Et, dans l’hypothèse, peu vraisemblable, où le régime s’effondrerait, qui viendrait combler le vide créé ?
Ces raisons devraient suffire à convaincre que la guerre d’Iran n’aura pas lieu. D’autant qu’une détente n’est plus invraisemblable. Maintenant que les services secrets américains ont estimé que le programme nucléaire militaire iranien est encore loin d’aboutir, une normalisation n’est plus hors de portée. Avec un contrôle strict par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, un traitement à égalité avec les autres pays développant le nucléaire civil et, si l’Iran respecte ses engagements, la levée des sanctions.
Cette évolution fragiliserait les plus durs en Iran car les conséquences des erreurs commises dans l’économie et l’administration ne pourraient plus être imputées à l’étranger : la rhétorique anti-occidentale et anti-sioniste perdrait de sa capacité mobilisatrice. Ce scénario n’est certes pas écrit, car les plus durs ne se laisseront pas facilement priver de l’ « ennemi occidental » qui constitue pour eux une rente politique commode. Encore faudrait-il encourager, par un mélange d’ouverture et de sang froid, ceux qui en Iran peuvent avoir intérêt à le soutenir.
Franck Debié | Ancien directeur général
Normalien, agrégé de géographie, docteur en géographie politique, spécialiste des crises et des processus de paix, Franck Debié dirige le Centre de géostratégie de l’École normale supérieure à Paris. Il enseigne les questions européennes à HEC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient et les Balkans.
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite