La réussite des jeunes

Etude mercredi 10 mai 2006
L'attention publique se concentre régulièrement sur les jeunes qui connaissent le plus de difficultés. Elle se détourne des autres. C'est s'arrêter là où commence le problème : celui de toute la jeunesse qui s'interroge sur la manière de réussir sa vie ; elle ne rencontre ni l'attention, ni la confiance, ni le soutien qu'elle attend. Qu'est devenu le débat sur l'émancipation et la responsabilité des jeunes dans un pays vieillissant où ils pèsent de moins en moins dans le corps électoral ? Quels témoignages de confiance et quelles marques de reconnaissance pour ses efforts et ses idées la jeunesse reçoit-elle aujourd'hui ? Comment refaire le retard qui s'est creusé avec les autres pays européens et améliorer les conditions d'accès des jeunes à l'emploi, aux responsabilités et à l'expression politique ?

Le problème de la réussite des jeunes dépasse la question du chômage et de la précarité, qui reste une difficulté massive en France, en Allemagne et dans l'Europe méditerranéenne.

Comme dans l'étude MitWirkung réalisé en Allemagne en 2005 auprès de 12000 jeunes de 12 à 18 ans, les jeunes en France se perçoivent largement comme incapables de participer et d'influer sur l'institution scolaire, le monde de l'entreprise, les associations établies ou les partis politiques. Leur accès au travail, à l'épargne, au logement indépendant, au capital est également entravé. Les jeunes se sentent aussi tributaires des réseaux de solidarité familiaux et informels de leur lieu d'origine et renâclent devant la mobilité géographique, comme en Allemagne.

L'étude La Réussite des Jeunes revient sur quelques-unes des questions difficiles auxquelles les jeunes se trouvent confrontés en France, en dehors de l'échec scolaire :

  • le manque d'autonomie dans leur orientation et dans la vie économique en général ;
  • le retard dans l'accès aux responsabilités, à la propriété, au capital, à la vie familiale par rapport à d'autres pays européens ;
  • l'inadéquation des formes politiques, syndicales et institutionnelles pour exprimer le malaise d'une jeunesse dont le poids diminue dans le corps électoral ;
  • la multiplication de freins à l'insertion professionnelle : une faible mobilité géographique, des langues étrangères peu maîtrisées, la difficile transition entre formation et emploi sur le marché français ;
  • la crainte de la disqualification sociale, concept développé par le sociologue Serge Paugam.

Cette analyse ouvre un débat sur l'abaissement de la majorité à 16 ans, et sur un ensemble de mesures destinées à faciliter l'accès des jeunes au marché de l'emploi et à l'autonomie.

Auteurs

Franck Debié | Ancien directeur général
Normalien, agrégé de géographie, docteur en géographie politique, spécialiste des crises et des processus de paix, Franck Debié dirige le Centre de géostratégie de l’École normale supérieure à Paris. Il enseigne les questions européennes à HEC. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient et les Balkans.

Monique Sassier | Membre du Conseil de surveillance
Ancienne directrice générale de l'Union nationale des associations familiales (UNAF), Monique Sassier est inspecteur général de l’Éducation nationale.

Anna Stellinger | Ancien directeur du pôle « Politique et société »
Diplômée de l’université de Lund (Suède) et de Sciences Po, Anna Stellinger est spécialiste des questions du travail et de la réforme de l’État. Ses travaux récents portent sur la réussite des jeunes, le travail des femmes, les mutations de l’État providence ou encore les politiques d’activation du marché du travail.