mercredi 26 novembre 2008 La ville : un milieu naturel pour l'homme ? - Conférence du cycle « Villes et développement durable »
mercredi 19 novembre 2008 La lutte contre les discriminations liées à l’âge en matière d’emploi : enjeux et perspectives en France - Table ronde
mardi 4 novembre 2008 Les élections américaines : ce qui va changer pour l’Europe - Conférence du cycle « Les rendez-vous de la mondialisation », en partenariat avec le quotidien La Croix et le Centre de géostratégie de l'ENS
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L’intrigue peut se résumer en quelques lignes. Pour répondre à la demande d’une économie avide de force de travail, un ingénieur produit en série dans une puissante usine des êtres dont les pièces sont biologiquement élaborées et dont l’apparence est humaine – jusqu’à la peau – mais dont le corps fait l’objet d’un assemblage mécanique.
Dix ans plus tard, l’économie mondiale se trouve dominée par ces robots. Les naissances humaines se raréfient. La représentante d’une ligue de défense des droits de l’homme, prise de panique, détruit la formule inventée par l’ingénieur. Les robots se révoltent. Miracle de l’Amour : on croit comprendre que, la formule retrouvée, seront sauvées, sous les espèces d’une nouvelle espèce, humanité et « robotité » réconciliées…
L’intention de Čapek, qui avait fait des études de philosophie, était de mettre en garde ses contemporains contre la déhumanisation dont le progrès technique menace notre civilisation. Le public voulut plutôt y voir une pièce de science-fiction, et prit grand plaisir au spectacle de ses robots. Le vocable connut la fortune que l’on sait, oublieux de ses origines littéraires et de sa signification éthico-politique première. Voilà des décennies que nous vivons à l’ère de la robotique. Elle contribue à l’efficacité économique de nos entreprises, à la rapidité de nos communications, au confort de nos logements, comme à la précision dévastatrice du guidage des missiles. Čapek n’avait pas tort, l’avantage du robot, c’est qu’il n’est pas humain et qu’on peut lui confier les pires « corvées » sans qu’il se plaigne.
Mais voici que les derniers progrès de l’industrie des automates suscitent des questions philosophiques qui – n’en doutons pas – auraient enchanté l’écrivain tchèque. On a depuis quelques années emprunté au vocabulaire de la zoologie le terme d’« humanoïde » pour désigner un robot d’apparence humaine. Quelques-uns de ces automates font au Japon fonction d’« hôtesses d’accueil ». Le Monde daté du 9-10 septembre 2007 mentionne un rapport de prospective Horizon Scans remis au gouvernement britannique en décembre 2006 qui s’interroge gravement pour savoir s’il faudra désormais attribuer des droits aux robots. On envisage même en Corée du Sud une « charte éthique des robots ». Mais c’est Isaac Asimov qui l’inspire plutôt que Čapek. L’apparence humaine de l’automate change-t-elle donc la donne ? Humanoïde, l’automate en a-t-il pour autant conquis l’autonomie qui seule appellerait des droits (donc aussi des devoirs et des sanctions) pour normer sa « conduite » ? Le robot n’a jamais été « esclave » que par métaphore littéraire ; imitant, d’aussi près qu’on voudra, la structure du corps humain et l’allure de ses gestes, il pourra peut-être susciter l’identification, source d’affection chez l’homme. On imagine assez bien que l’industrie du jouet puisse en tirer de solides profits puisqu’elle se trouve toujours en quête de ces « objets transitionnels » dont la charge d’amour a si bien été analysée par Mélanie Klein.
Mais de deux choses l’une : ou bien le robot humanoïde acquiert l’autonomie et c’est alors à lui – et non à nous – d’inventer ses systèmes normatifs, ou bien l’autonomie de l’automate n’est qu’apparence et s’il y a droit à instituer c’est, très humainement, celui qui concerne l’usage des robots. Ce n’est certes pas rien au temps de la vidéosurveillance et de la cybercriminalité. Mais cela n’a rien à voir avec la reconnaissance au robot d’un droit subjectif. N’en déplaise aux publicitaires – qui au fond ne sont pas dupes ! – un lave-vaisselle restera toujours un lave-vaisselle.
Dominique Lecourt | Membre du Conseil de surveillance
Professeur de philosophie à l'université de Paris-VII, vice-président de l'Observatoire du principe de précaution
Durant ces deux dernières années, la Fondation pour l'innovation politique a consacré une large part de ses travaux à identifier les défis nouveaux pour la France et le monde, et à imaginer des réponses pour y faire face. Lire la suite