L’ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen est en bonne position pour ravir la ville de 120 000 habitants. Face à lui, le sortant Jean-Marc Pujol (LR) bénéficie d’un front républicain presque unanime. A Perpignan, Louis Aliot espère sauver les meubles du RN.

Du résultat de l’élection municipale à Perpignan dépendra pour bonne part l’humeur du Rassemblement national (RN) dimanche soir. Les deux finalistes, qui espèrent chacun une victoire sur le fil, ont montré une certaine nervosité à l’approche du second tour. D’un côté, Jean-Marc Pujol, 71 ans, maire LR sortant, deuxième le 15 mars avec 18 % des votes, vient de porter plainte contre Louis Aliot (35 %), pour une histoire de sondage bidon, et l’autre en a fait autant en retour pour une affaire de pression supposée sur des électeurs, par le directeur de l’office HLM du coin. Les deux (Pujol et Aliot) se sont écharpés mardi lors d’un débat organisé dans les locaux du  journal l’Indépendant.
Le premier reproche au second d’avoir relayé une fausse étude le donnant vainqueur à 54 % des voix, contre 46% pour Pujol. Manœuvre imaginée par un ancien du GUD roulant pour Aliot, qui a détourné le résultat d’un simulateur de report des voix de la  Fondation pour l’ innovation politique ( Fondapol , un think tank de droite) pour faire gagner son favori. Et le candidat a relayé le hoax, d’où la plainte.  «Ce qu’a fait Aliot montre une fébrilité, mais aussi une tentative d’habituer les gens au fait que le RN pourrait l’emporter à Perpignan, pour les préparer à un sentiment moins traumatique»,  analyse  Dominique Reynié de la  Fondapol.

«Dynamiteur»

Pujol engrange depuis peu un nombre impressionnant de soutiens : de Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, à François Bayrou, Hervé Morin, Valérie Pécresse… Mais aussi, depuis jeudi, celui d’Edouard Philippe. Le Premier ministre voit dans cet «homme de convictions, attaché aux valeurs républicaines, le seul rempart possible à la liste du RN».  La chose sert de réponse aux retournements de veste de trois membres de la liste LREM menée par Romain Grau qui ont appelé à voter Aliot, l’un  «pour dire non au front républicain», un autre pour «aller au bout de ses idées» . Et ce, alors que Grau s’est désisté pour faire barrage au RN, tout comme l’autre qualifiée du second tour, l’écolo Agnès Langevine. Depuis, Pujol aime à raconter que, «sur les 55 noms de la liste de Grau, 52 votent pour moi, et trois pour Louis Aliot».
En face, l’ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, qui se présente avec le faux nez du candidat sans étiquette, se fait quand même appeler le  «dynamiteur du « front républicain »»  par  Valeurs actuelles.  Et n’en attendait pas tant, lui qui croit pouvoir gagner la ville de 120 000 habitants, ce qui constituerait pour le RN une victoire historique, après Toulon en 1995, mais aussi le seul résultat marquant de ces élections. En mars, le mouvement d’extrême droite n’a réussi à faire réélire au premier tour que sept de ses dix maires, dans un scrutin marqué par une forte prime aux sortants, et le second tour ne devrait pas changer la donne.

Aliot a aussi reçu quelques soutiens : celui de Robert Ménard, maire de Béziers, et bien sûr celui de Marine Le Pen. Au RN, on se montre toutefois prudent :  «Il peut gagner, c’est jouable. Si ça arrive, cela cachera le reste»,  raconte un cadre. Pendant la campagne, Louis Aliot s’est bien gardé de parler immigration et islam, thèmes fétiches de son parti, adoptant un phrasé libéral pour plaire à l’électorat macroniste.

«Raciste»

Mais il a quand même invité à sa tribune Eric Zemmour, star de l’extrême droite, qui en a profité pour prononcer «le discours le plus violent et le plus raciste jamais entendu à Perpignan pendant une campagne électorale», raconte Nicolas Lebourg, spécialiste des droites radicales. Présent au palais des congrès de la ville ce soir de septembre 2019, le chercheur décrit un public (environ 800 personnes) «très bourgeois», constitué principalement d’anciens du RPR local.  «Il y a une normalisation du Rassemblement national à Perpignan», dit Lebourg, bien incapable de prédire le résultat de dimanche.
Au second tour, l’issue à Perpignan va dépendre de l’abstention, car les électeurs qui ont le plus boudé les urnes en mars, dans le contexte du Covid-19, sont ceux de Louis Aliot. Et aussi de la mobilisation des quartiers populaires. Raison pour laquelle l’équipe de campagne de Pujol y a beaucoup traîné pendant la campagne. Dans une récente note, Lebourg explique que dans la ville l’électorat se fragmente entre les natifs du département et les autres : «Plus la proportion de « non-natifs » augmente, plus le score du RN se tasse.»

Arrivé en tête au premier tour en 2014, Aliot avait obtenu 44 % des voix au second. Pujol, lui, veut se persuader de sa victoire : «Le FN fait 30 % depuis trente ans à Perpignan, parce qu’il y a ce noyau dur. En 2014, [au premier tour], il a fait 34 %, et en 2020, alors qu’il est député, il a fait 35 % : il va perdre.»  Lebourg a une autre
analyse : au regard de l’abstention,  «son score est plus proche de 41 %». Soit une tout autre histoire.