Sébastien Maillard

 

Les affaires judiciaires de François Fillon ont affaibli sa capacité à contenir la percée du Front national, vers qui s’est tournée une partie de l’électorat.

D’autres électeurs regardent vers Emmanuel Macron, à qui a profité la dénonciation de l’épuisement des partis.

Il reste cinquante jours aux Républicains pour convaincre. ­François Fillon, en pleine tourmente judiciaire, a perdu trois points la semaine dernière dans les intentions de vote au premier tour de la présidentielle, tombant à 17 %. Le 6 mars, on ignorait encore si le vainqueur de la primaire resterait le candidat de sa famille politique.

Mais quoi qu’il en soit, le feuilleton politico-judiciaire de ces dernières semaines a d’ores et déjà désorienté, au-delà d’un socle filloniste solide, une partie de l’électorat de droite. Vers qui se sont-ils tournés ? La réponse des sondeurs est claire : Marine Le Pen et ­Emmanuel Macron.

Jusqu’à ses affaires judiciaires, « François Fillon représentait le meilleur rempart pour contrer la dynamique frontiste », rappelle ­Jérôme Fourquet, dirigeant à l’Ifop. Sa nette victoire à la primaire de la droite, en novembre dernier, avait été clairement une mauvaise nouvelle pour Marine Le Pen. L’ancien premier ministre était alors crédité de 28 % d’intentions de vote.

Inquiétudes sur la réforme de la sécu

Mais avant même ses démêlés avec la justice, un glissement au profit de la candidate du FN avait déjà commencé à s’opérer, surtout au sein des catégories populaires, en raison des inquiétudes que soulevait son projet de réforme de la Sécurité sociale. Ensuite, l’affaire Fillon n’a cessé de faire dégringoler le candidat LR dans les sondages. Loin derrière Marine Le Pen, qui arrive le plus souvent en tête des intentions de vote, à 26 % actuellement.

« Si elle n’avait pas, elle-même, des ennuis judiciaires, le transfert de l’électorat aurait même été plus ample », estime Jérôme Fourquet, qui signale que 15 % des électeurs de Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2012 déclarent aujourd’hui vouloir voter pour la présidente du FN.

Plusieurs des soutiens de François Fillon rassemblés dimanche 5 mars à Paris, place du Trocadéro, l’ont dit sans ambages à la presse : si leur champion n’est plus candidat, ils voteront pour le FN. « Le récit complotiste lié à l’affaire Fillon, son climat anti-juges et anti-médias laisseront des traces dans l’opinion qui profiteront à Marine Le Pen », prédit aussi Jérôme Sainte-Marie, analyste politique de PollingVox. D’autant qu’il existe des passerelles entre les électorats de droite et du FN.

Le camp d’En Marche relancé

Actuellement crédité d’environ 25 à 27 % d’intentions de vote, le candidat d’En Marche ! serait l’autre grand bénéficiaire de la conjoncture politique. « L’épisode judiciaire a appuyé sa dénonciation d’une classe politique épuisée », analyse le politologue. Et même si l’on assiste à « une baisse de l’intérêt pour la campagne dans l’opinion et à une montée de l’incertitude » à la suite de cette affaire, la renonciation définitive d’Alain Juppé à se présenter a relancé le camp d’En Marche !

La veille encore, le maire de Bordeaux obtenait 24,5 % des voix, devant un Emmanuel Macron à 20 %, selon un sondage Kantar Sofres OnePoint. « Les ralliements du camp Juppé à En Marche ! s’étaient arrêtés tant que l’espoir de sa candidature avait refait surface. Mais désormais, ils vont reprendre car, sur le fond, les projets de Juppé et Macron ne sont pas très éloignés », assure un observateur macroniste de droite.

Si François Fillon se maintient, peut-il récupérer des voix après sa démonstration de force du week-end ? « Ceux partis vers Macron ne reviendront pas », avance Jérôme Sainte-Marie. Dans le même temps, « la ligne dure de Fillon sur l’identité, l’immigration et la sécurité reste de nature à ramener dans le giron de la droite républicaine une partie de son électorat qui l’avait désertée », souligne Jérôme Fourquet, faisant valoir qu’Alain Juppé n’aurait pas pu jouer ce rôle de rempart aussi efficacement.

« Plus on délégitime un candidat, plus ceux qui veulent voter pour lui s’abstiennent d’en faire état dans les sondages », ajoute Dominique Reynié, directeur du laboratoire d’idées Fondapol (droite). Mais si demain, François Fillon n’est plus le candidat LR, ce sont encore de nouveaux scénarios qui pourraient se dessiner.