Nos ados sont-ils devenus accros au porno ? Une vaste enquête remise ce vendredi aux parlementaires révèle un phénomène alarmant.

« Il n’y a jamais eu autant d’individus si proches d’un danger potentiel. » De quelle épée de Damoclès parle le politologue Dominique Reynié ? Des vidéos X. « Chez les 14-15 ans, 8 % regardent du porno plusieurs fois par jour dont 5 % de filles. Ils font leur apprentissage de la sexualité dans les pires conditions », s’alarme-t-il.

Ces résultats proviennent d’une vaste enquête sur les jeunes et les addictions (alcool, tabac, cannabis, écrans…) que nous dévoilons. Parmi ces comportements à risque, le porno, donc.

Réalisés par la Fondation pour l’innovation politique, que Dominique Reynié préside, le Fonds actions addictions et la fondation Gabriel-Péri, ces travaux pointent les risques pour les jeunes consommateurs : crises d’anxiété, troubles du sommeil, perte de l’estime de soi, représentation faussée des rapports sexuels…

Des habitudes qui peuvent aller jusqu’à l’addiction, c’est-à-dire une consommation qu’on ne peut plus maîtriser.

Une consommation effrénée

L’enquête sera remise ce vendredi aux parlementaires alors qu’un plan national de mobilisation contre les addictions est en cours de finalisation. Objectifs ? Que le gouvernement ne rate pas le coche et saisisse l’urgence. Ces experts d’horizon divers le jurent : il ne s’agit pas de jouer les pères la pudeur, de faire paniquer les parents ou culpabiliser les ados qui consultent ces sites ponctuellement.

Mais le fait est que des millions de contenus sont aujourd’hui à disposition, de façon permanente, sans restriction d’âge et sans aucune forme de contrôle. Plus grave encore : on assiste à une escalade dans la diffusion de pratiques de plus en plus extrêmes. Ce que confirme Ovidie, actrice X devenue réalisatrice de documentaires, dans son récent ouvrage, « A un clic du pire »*. Elle y dénonce un « Far West », « une pornographie accessible aux enfants qui s’est dégradée avec les années » et invite surtout les parents à ne pas faire la politique de l’autruche en en parlant avec leur progéniture.

Une mise en garde unanime

La semaine prochaine, le Collège national des gynécologues et obstétriciens tirera à son tour le signal d’alarme sur les dangers de cette exposition chez les plus jeunes. La mise en garde est d’autant plus unanime que l’âge de la première visite sur ces sites recule : 14 ans et 5 mois, soit trois mois de moins qu’en 2013 d’après une étude Ifop pour l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique.

Il semble en effet loin le temps où les adolescents devaient louvoyer, en pleine nuit, pour regarder le film mensuel diffusé en crypté sur Canal + ou s’échanger des cassettes vidéo ou des revues sous le manteau. Désormais, ces images sont à la portée de tous. Et, avec l’accès au smartphone de plus en plus tôt, peu de chance que cela change… si rien ne change.

* « A un clic du pire, la protection des mineurs à l’épreuve d’Internet », d’Ovidie, aux éditions Anne Carrière.
L’enquête sur les addictions chez les jeunes est disponible à partir de ce vendredi matin sur fondapol.org, gabrielperi.fr et addictaide.fr