Ce sentiment touche particulièrement les 18-24 ans, selon une étude Ifop pour Fondapol et l’American Jewish Committe dévoilée par Le Parisien.

Un tiers des Français (34%) de confession ou de culture juive déclare aujourd’hui se sentir régulièrement menacé en raison de son appartenance religieuse. C’est le constat alarmant d’une étude Ifop pour le think tank Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et pour l’American Jewish Committe (AJC), dévoilée lundi 20 janvier par Le Parisien. Un pourcentage à comparer avec celui de la population française dans son ensemble : 8%.

Une crainte liée à un contexte bien réel de recrudescence des actes à caractère antisémites en France. Selon le rapport 2019 du ministère de l’Intérieur, «le nombre de faits à caractère antisémite a fortement augmenté en 2018. 541 faits ont été constatés (en 2018) contre 311 en 2017, soit une augmentation de 74%.» Derniers faits en date : début décembre, une centaine de tombes étaient profanées dans un cimetière juif alsacien. Le 5 janvier, c’était cette fois le cimetière israélite de Bayonne (Pyrénées-Atlantique) qui était saccagé, pour des raisons encore mystérieuses.

«Depuis le début des années 2000, on n’a pas réussi à descendre sous la barre des 350 actes par an», s’alarme dans Le Parisien Simone Rodan, présidente de l’AJC France.

Les établissements scolaires touchés

L’étude de l’Ifop révèle en outre que sept Français juifs sur dix disent avoir été déjà victimes d’un acte antisémite. Près des deux tiers (64%) déclarent avoir subi une agression verbale au moins (moqueries ou injures), et près d’un quart (23%) une agression physique (gifles, coups, bousculades). Ces agressions ont le plus souvent lieu dans la rue. 55% indiquent ainsi avoir été insultés ou menacés dans la rue, et 59% disent avoir subi une agression physique dans la rue.

Plus alarmant, le deuxième lieu «de prédilection» pour l’exercice de violences antisémites se situe au sein des établissements scolaires. 54% des personnes interrogées se disant victime d’une agression verbale l’ont été dans un établissement scolaire ou lors d’activités périscolaires. L’environnement professionnel n’échappe pas non plus aux actes antisémites : 46% des sondés déclarent y avoir été victimes de violence verbale.

Les 18-24 ans en première ligne

Autre fait préoccupant de ce baromètre : les plus jeunes semblent être les plus concernés. Ainsi, 43% des Français juifs de moins de 35 ans confessent se sentir menacés dans leur vie quotidienne. Les 18-24 ans semblent particulièrement exposés aux actes antisémites : 84% déclarent avoir subi «un acte antisémite», 79% une «agression verbale» et 39% une «agression physique».

Islamisme et extrême gauche parmi les causes citées

Les causes invoquées pour expliquer la recrudescence de l’antisémitisme en France sont multiples. Sur ce sujet, les juifs de France n’ont pas tout à fait la même opininon que l’ensemble des Français. Ainsi, le «grand public» – selon l’expression utilisée dans l’étude de l’Ifop – considère que les préjugés sur les juifs sont la principale cause de l’antisémitisme en France (58%), devant l’islamisme (36%). En revanche, 45% des juifs de France citent l’islamisme, et 42% les préjugés.

Les juifs de France placent également au même niveau les idées d’extrême droite (26%) et les idées d’extrême gauche (23%) comme l’une des causes de l’antisémitisme. Sur ce point, leur opinion diverge de celle du grand public qui cite bien davantage les idées d’extrême droite (30%) que celles d’extrême gauche (9%).

Stratégies d’invisibilité

Face à ce sentiment de menace, les juifs de France ont alors recours à ce que l’étude appelle des «stratégies d’invisibilité» pour se protéger. Ainsi, ils sont 43% à éviter certaines rues ou quartier, 37% à renoncer à afficher des symboles d’appartenance religieuse (comme la mezouza, étui contenant un parchemin religieux que l’on accroche sur sa porte d’entrée), et 33% à renoncer aux signes vestimentaires ostensibles tels la kippa.

À travers ce sondage, les juifs de France envoient par ailleurs un message d’alerte aux institutions publiques. En effet, ce n’est pas vers elles qu’ils se tournent lorsqu’ils se sentent en danger mais, dans leur grande majorité (77%), vers les associations (CRIF, Consistoire) et les forces de l’ordre (60%), avant le chef de l’État (47%) et le gouvernement (41%).

Seul point positif mis en lumière par l’étude : le «grand public» (73%) et les juifs de France (72%) s’accordent assez largement pour dire que l’antisémitisme concerne la société dans son ensemble.