Une étude de l’Ifop met en lumière la croissance des inquiétudes de la population française de confession juive face à la montée de l’antisémitisme. Alors que la situation empire d’année en année, les Français juifs pointent notamment l’influence de l’islamisme.

Une étude de l’Ifop, en collaboration avec la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) livre une « radiographie de l’antisémitisme en France » qui révèle la montée de la crainte des citoyens de confession juive face à la recrudescence des sentiments hostiles à leur égard. L’étude, menée auprès d’un échantillon de 505 Français de confession juive, montre que 34% des juifs se « sentent menacés en raison de leur appartenance religieuse« , une impression qui se produit « souvent » pour 10% d’entre eux. En comparaison, seuls 8% des individus du « grand public » (testé grâce à un échantillon de 1.027 personnes) se sentent menacés à cause de leur religion.

Les juifs de France portent également un regard sombre sur l’évolution de leur condition en matière de sécurité : pour 44% d’entre eux, elle est pire que l’an dernier, et n’a pas changé pour 42%. 67% des juifs estiment qu’il y a « beaucoup d’antisémitisme en France« , 77% jugeant qu’il a « augmenté ces dernières années« . Dans le reste de la population, ce sentiment est moins partagé mais pas rejeté : 47% pensent qu’il y a beaucoup d’antisémitisme, et 53% que son niveau a augmenté.

L’antisémitisme se manifeste de diverses manières : la plus fréquente, les « moqueries désobligeantes ou propos vexants« , qu’ont vécu 63% des Français de confession juive, et les « insultes ou injures » (48%). Les menaces, actes de violence physique ou dégradations matérielles sont plus rares, mais systématiquement plus de 20% des individus sondés ont répondu en avoir fait l’objet au moins une fois dans leur vie. Élément inquiétant : lorsque l’on demande aux Français juifs s’ils ont été victimes d’un acte antisémite, d’agression verbale ou physique, le pourcentage est systématiquement nettement plus élevé chez les 18-24 ans et baisse sensiblement avec l’âge. Il semble donc vraisemblable que l’antisémitisme soit bien présent chez les jeunes générations. En effet, les principaux lieux où se produisent les actes antisémites sont, d’après l’étude de l’Ifop, la rue et les établissements scolaires.

L’ISLAMISME PLACÉ EN TÊTE DES CAUSES D’ANTISÉMITISME PAR LES JUIFS

Cet antisémitisme prégnant amène les Français juifs à adopter des « comportements d’évitement » : 43% affirment ne pas « se rendre dans certaines rues ou certains endroits de la ville » où ils habitent, 37% s’efforcent de ne pas « afficher des symboles exprimant leur appartenance à la culture juive ou à la religion juive » et 25% omettent de révéler qu’ils sont juifs sur leur lieu de travail. Des chiffres qui augmentent encore davantage quand une personne a été victime d’un acte antisémite par le passé. Ce sentiment d’insécurité amène 21% des juifs à envisager de quitter la France, principalement en raison de « craintes concernant l’avenir des personnes de culture ou de confession juive en France« .

Enfin, le sondage de l’Ifop s’est penché sur la perception des causes de l’antisémitisme dans notre pays, révélant un léger décalage entre l’ensemble de la population et les Français de confession juive. Pour les premiers, ce sont avant tout « les préjugés sur les juifs qui existent depuis des siècles, toujours présents aujourd’hui » qui sont en cause, 58% du « grand public » partageant cette opinion. Si les juifs citent également cet item à 42%, ils placent en revanche « l’islamisme » comme première cause de l’antisémitisme, à 45%, contre 36% de l’échantillon de Français. Viennent ensuite les idées d’extrême droite et celles véhiculées sur Internet et les réseaux sociaux. Très présente dans les discussions politiques, ayant notamment fait l’objet d’une résolution à l’Assemblée nationale, la notion « d’antisionisme » comprise comme « le rejet d’Israël » n’est pas considérée comme prépondérante : seuls 14% des Français juifs l’ont citée comme une cause décisive d’antisémitisme.