Une étude de la Fondapol a montré que le recours au numérique pourrait améliorer notre système de santé, non seulement en termes de technologie, mais aussi en termes d’économies. Certains grands groupes de protection sociaux l’ont compris, et accompagnent le développement d’une offre numérique de services.

Pour le système de santé aussi, la transformation numérique est porteuse d’innovations majeures, de nature à changer en profondeurs son fonctionnement hitstorique. Les enjeux sont nombreux : l’accès pour les patients à leurs données médicales en ligne, la dématérialisation (avec à la clé des baisses de frais et la sortie des déserts médicaux), un meilleur suivi du patient, une plus grande transparence sur la qualité des services. Mais il serait aussi vecteur d’importantes économies.  C’est ce que révèle la dernière étude de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un think tankprogressiste.

De fait, les lourdeurs bureaucratiques des systèmes de santé induisent un coût considérable – bien qu’ils demeurent infiniment meilleurs qu’une absence de protection. « Aujourd’hui, il semble que pour la majorité des Français la santé ‘n’a pas de prix’, ce qui a tendance à camoufler le fait qu’elle a un coût. Partout ailleurs dans le monde, les pays en développement n’ont pas les moyens d’offrir des systèmes de santé de qualité », rappelle le rapport.  Et ce à l’heure même où leur solidité est testée par autant de facteurs que le vieillissement de la population ou l’expansion des maladies chroniques (obésité, diabète, cancers…).

« Face à l’évolution de la démographie médicale, aux inégalités territoriales d’accès aux soins, à la hausse de la prévalence des maladies chroniques ou encore au vieillissement de la population et à la prise en charge de la dépendance, les technologies numériques recèlent d’énormes ressources pour améliorer les systèmes de santé », note Serge Soudoplatoff, expert de l’Internet, cofondateur de Sooyoos, Scanderia et Mentia, également auteur du rapport. Aussi, l’enjeu est d’optimiser les fonctionnement interne afin de maintenir un niveau de qualité – voir l’améliorer – tout en en réduisant le poids économique de nos systèmes de santé.

Tout cela est par exemple possible grâce au développement de l’intelligence artificielle (IA), qui rend l’expertise médicale accessible au plus grand nombre à un prix réduit.  Le recours à la « santé mobile » (mHealth en anglais, soit tous les services touchant de près ou de loin à la santé disponible en permanence via un appareil mobile connecté à un réseau) est lui aussi une vraie piste d’amélioration. Le rapport souligne ainsi que ces nouvelles technologies pourraient faire économiser 7 milliards de dollars par an au système de santé américain.

Contexte favorable

Et les astres s’alignent pour le développement rapide de ces technologies dans nos services de santé , notamment grâce à l’explosion du nombre de smartphones connectés et le développement de capteurs connectés au plus près du corps humain. Parallèlement, les investissements dans le monde de la santé augmente radicalement. On pense notamment à Deuxième Avis, start up financée par le groupe de protection sociale Audiens, qui propose aux patients atteints d’un problème de santé sérieux un deuxième avis de la part d’un médecin spécialisé en moins de sept jours. Ce type d’initiative montre le potentiel de simplification propre à la combinaison de ces innovations numériques avec une vision sociale et sociétale. « Nous sommes très à l’écoute du marché des startups, qui proposent des solutions innovantes » explique à ce propos Éric Breux, directeur du pôle Entreprises & institutions du groupe.

Selon lui, « pour répondre à l’impératif de changement, [les mutuelles] doivent expérimenter pour s’adapter sans perdre leurs valeurs humaines, innover pour proposer des solutions au moindre cout et sans reste à charge et, in fine, mutualiser. » L’autre exemple connu est celui de la « licorne » (startup française) DoctoLib. Celle-ci fournit un service de prise et de gestion de rendez-vous médicaux en ligne avec des praticiens à proximité, mais aussi avec des hôpitaux publics depuis mai 2017. Forte de son succès, celle-ci s’est même lancée dans la téléconsultation le 15 septembre dernier. Et il est fort à parier que d’autres lui emboîtent le pas.