Avec un milliard d’euros de bénéfices pour l’exercice clos fin mars et plus de 4 milliards en caisse, la low cost irlandaise est l’une des rares compagnies aériennes à pouvoir survivre à la crise sans compter sur l’aide des Etats. Mais le groupe va néanmoins devoir réduire ses effectifs et sa flotte pour s’adapter à la baisse de la demande.

Si une seule compagnie européenne devait survivre sans aide de l’Etat à la crise, ce serait probablement Ryanair. La compagnie low cost irlandaise, devenue un petit groupe de transport aérien avec ses trois sous-marques régionales (la polonaise Buzz, l’autrichienne Lauda et la maltaise Malta Air), a annoncé ce lundi un bénéfice net de 648,7 millions d’euros pour l’exercice 2019-2020 clos fin mars, pour un chiffre d’affaires de 8,5 milliards, en hausse de 10 %, et un total de 148,6 millions de passagers.

Sans les pertes liées aux couvertures pétrolières, le bénéfice aurait même atteint 1 milliard d’euros, en légère progression comparé à l’exercice 2018-2019. Mais surtout, Ryanair peut se féliciter d’une solide situation de trésorerie, avec 4,1 milliards d’euros en caisse et 77 % de sa flotte en pleine propriété, pour une consommation de trésorerie réduite à 60 millions d’euros en mai (contre 200 millions en mars). « Ces liquidités permettront au groupe de survivre au Covid-19 et d’émerger plus fort lorsque la crise sera passée », affirme la compagnie, qui est l’une des rares à ne pas avoir demandé d’aide d’Etat – tout en continuant, par ailleurs, de réclamer des subventions à un certain nombre d’aéroports régionaux.

Derniers bénéfices avant longtemps

Ces profits seront toutefois les derniers avant longtemps, l’épidémie ayant obligé Ryanair à clouer au sol tous ses avions depuis la mi-mars. Comme toutes les compagnies, le groupe n’avance aucune prévision, mais prévoit de n’opérer que 1 % de son programme de vol d’avril à juin et pas plus de 50 % de juillet à septembre. Et il a déjà annoncé des réductions d’effectifs et des fermetures de bases, afin de s’adapter à une baisse durable de l’activité et à un redoublement de la guerre tarifaire en Europe.

« Lorsque les compagnies aériennes du groupe reprendront leurs vols réguliers à partir de juillet, le paysage concurrentiel en Europe sera faussé par des montants d’aide d’Etat sans précédent (en violation des règles de l’UE ) en vertu desquels plus de 30 milliards d’euros ont été accordés au groupe Lufthansa, à Air France-KLM, à Alitalia, à SAS et à Norwegian entre autres », souligne Ryanair. « Nous nous attendons donc à des réductions de prix importantes et à des ventes à perte, de la part de ces compagnies porte-drapeaux dotées d’énormes trésors de guerre du fait des aides d’Etat », ajoute-t-il.

 

Réduire les effectifs et les salaires

Dans cette perspective, Ryanair a déjà annoncé son intention de réduire ses effectifs en Europe d’environ 15 %, en supprimant quelque 3.000 emplois de navigants et en réduisant les salaires de 10% à 20%, pour les cinq prochaines années. «Pour les hôtesses et les stewards basés en France, qui sont payés au smic, cela se traduirait par un passage imposé au temps partiel à 80% et un salaire de 900 euros par mois, assure un représentant du syndicat SNPNC. Et si nous n’acceptons pas, la compagnie menace de procéder à des licenciements».

La filiale la plus menacée semble toutefois être Lauda Air, restée dans le rouge en 2019 et qui doit faire face à la contre-attaque d’Austrian Airlines et du groupe Lufthansa. « Des négociations avec les représentants du personnel sont engagées. Faute d’accord d’ici au 20 mai, la base de Vienne sera fermée le 30 mai avec 300 emplois perdus », prévient Ryanair.

En revanche, les deux nouvelles filiales super low cost, Buzz et Malta Air, ont toujours le vent en poupe. La première aligne désormais 465 Boeing 737 et a commencé son expansion en Europe centrale avec deux nouvelles bases à Prague et Budapest. La seconde a repris l’activité des bases françaises, allemandes et italiennes, avec 120 Boeing 737 repris à Ryanair, dont la flotte irlandaise est tombée à 275 appareils.

Réduire les livraisons d’avions

La crise du Covid-19 a néanmoins un avantage pour Ryanair : elle a relégué au second plan le problème des Boeing 737 MAX , dont la compagnie attend les premières livraisons depuis un an. Même si Boeing table toujours sur une reprise des livraisons au troisième trimestre, Ryanair ne prévoit pas de recevoir son premier MAX « avant octobre au mieux ». Mais le groupe n’est plus aussi pressé. Il a même engagé des discussions avec Boeing, ainsi qu’avec les loueurs des Airbus A320 de Lauda, pour réduire le nombre de livraisons prévues sur les vingt-quatre prochains mois.