Didier Leschi vient de publier une note pour la Fondapol intitulée :  » Migrations: la France singulière ». Il évoque la politique migratoire française de manière dépassionnée, s’attachant aux faits en les ancrant dans un cadre européen pour souligner la singularité de la politique française en la matière. Retrouvez l’entretien de Didier Leschi.

Atlantico : Dans votre note pour la Fondapol intitulée : « Migrations :  la France singulière », vous soulevez justement la singularité de l’Hexagone face au phénomène migratoire. En quoi cette dernière s’illustre par rapport à d’autres pays européens comme l’Allemagne ou la Hongrie pour prendre deux exemples antagonistes ?

Didier Leschi : Cette singularité est de plusieurs ordres. En comparaison avec l’Allemagne, j’illustre dans ma note que ce ne sont pas les mêmes personnes qui demandent l’asile ou migrent vers la France en première intention. Dis plus simplement, les Syriens ne viennent pas en France, alors qu’ils sont allés massivement en Allemagne, il en va de même pour les Irakiens. Ceux que l’on retrouve à Calais veulent aller en Angleterre et non restés en France. Ce qui caractérise la démographie française en matière de demande d’asile c’est une forte proportion d’Albanais ou de personnes venant de l’Afrique francophone ou du Maghreb.
La deuxième singularité est le fait que la France devient le pays de second choix de ceux qui ont vu leur demande d’asile refusée, parfois successivement en Suède ou en Allemagne par exemple. C’est le cas en particulier des Afghans qui remarqué que la possibilité de bénéficier du statut de réfugié est bien plus grande en France que dans les pays d’Europe du Nord ou de langue germanique. En moyenne les Afghans qui arrivent en Ile de France en particulier se sont vus par deux déjà refuser l’asile dans un pays européen. Enfin, comparé à la Hongrie, mais plus largement à l’essentiel des pays d’Europe, on peut dire que la France demeure du point de vue dont la législation est la plus favorable à l’accueil. Il n’y a par exemple aucune restriction en matière de regroupement familial pour ceux qui obtiennent une protection par l’ofpra. Les déboutés peuvent continuer à avoir accès à un minimum de prise en charge social, dans l’hébergement inconditionnel par exemple ou en matière de santé. La Hongrie est loin de cette bénévolence.

Après 18 mois de présidence Macron, quel bilan faire de la politique migratoire sous la XVe législature ? Ce bilan est-il lui aussi singulier par rapport à son prédécesseur dans le sens où il marque une rupture ou au contraire illustre une continuité ?

La singularité de la politique présente tient dans l’accent portée sur la nécessité de mettre en perspective la situation. Il y a le refus d’une certaine hypocrisie où les choses n’étaient pas dîtes. Bien évidemment il y a une continuité dans la volonté d’améliorer les conditions de l’accueil des demandeurs d’asile. Ce sont en particulier les moyens supplémentaires donnés à l’Ofii. Il y a aussi la continuité avec la volonté d’améliorer les reconduites vers les pays d’origine des déboutés de l’asile et plus généralement des clandestins, avec une plus forte pression de conviction vis-à-vis des pays qui ont du mal à accepter de voir revenir leurs ressortissants clandestins en France. Mais la singularité est dans deux domaines : un discours de plus grande vérité en direction des pays d’émigration, en particulier d’Afrique ou du Maghreb. Cela a été marqué par des épisodes très commentés dans la presse ou le président de la République répond à une femme Marocaine que la France ne peut accueillir, en particulier dans les coordonnées socio-économiques qui sont aujourd’hui les siennes, toutes les personnes qui souhaitent la rejoindre. Il a dit la même chose à la jeunesse africaine, lors d’un voyage au Nigéria où il a aussi pointé la responsabilité des gouvernants de ces pays qui ne soucient pas suffisamment du devenir de leur jeunesse. Enfin, il y a aussi la volonté de proposer aux pays d’Europe des solutions.  Si la France ne veut pas voir l’Europe éclater, elle doit accepter de faire converger les points de vue. Cela passe par la mise en place d’un organisme européen de l’asile en particulier qui supposera de rapprocher les points de vue sur ce que sont les pays sûrs. Cela passe par une harmonisation des droits dans l’accueil pour une meilleure répartition sur le territoire européen des réfugiés. C’est d’autant plus important pour la France qu’elle est aujourd’hui le pays où la demande d’asile augmente alors qu’elle en Europe en forte diminution.