Audincourt a accueilli ce jeudi le colloque « Cohésion territoriale et villes moyennes ». Pour faire face aux défis et résoudre les soucis de ces dernières, les experts préconisent autant un nouvel engagement de l’État que des actions uniques au niveau des agglomérations. Le pays de Montbéliard est en première ligne.

Après Toulouse et avant Eurre, un petit village, la ville d’Audincourt a accueilli ce lundi à l’espace Gandhi un colloque dédié aux enjeux de la cohérence territoriale. La Caisse des dépôts, la fondation Jean-Jaurès, la Fondation pour l’Innovation politique, l’institut Montaigne et Terra Nova y ont ici échangé sur les problématiques des villes moyennes.

Le lieu n’a rien d’un hasard : concernée au premier chef avec ses quelque 13 600 habitants , la cité croque-rave a également eu pour maire Martial Bourquin, pour l’heure sénateur et coauteur d’un rapport sur la revitalisation des centres-villes et des centres bourgs.

Entretien avec Achille Warnant, doctorant en géographie à l’EHESS et expert associé à la fondation Jean-Jaurès.

Qu’est-ce qu’une ville moyenne en France aujourd’hui ?

« Une ville qui compte entre 20 000 et 200 000 habitants. Chiffres à nuancer : par exemple, Audincourt est plus petite mais est polarisatrice par rapport à son bassin. De la même façon, une cité de la banlieue parisienne à 150 000 âmes ne fera pas forcément partie des villes moyennes car il y a d’autres critères, notamment en termes de services (hôpital, poste etc.) et de formations proposées. En gros aujourd’hui, les villes moyennes représentent un quart de la population française et un quart des emplois. »

Elles ont toutes les mêmes problèmes ?

« Les situations sont hétérogènes mais un certain nombre, surtout quand il s’agit de villes centres (par rapport à une agglomération), sont en difficulté. Entre 2009 et 2014, on estimait que deux tiers des villes moyennes se situaient dans des aires dynamiques, mais, dans le même laps de temps, 54 % des villes centres perdaient des habitants ! Le problème ? Dans ces villes centres se trouvent les services. Soit on les supprime, soit on augmente les impôts pour les maintenir. Certaines cités accumulent les soucis : étalement commercial, étalement pavillonnaire, désindustrialisation , désengagement de l’État [N.D.L.R. : qui passe aussi par la baisse, liée à celle des habitants, de la dotation globale de fonctionnement]. »

Laisser faire ?

« On ne peut pas laisser mourir ces villes ! D’abord parce que la décroissance démographique est sélective socialement [N.D.L.R. : les plus aisés et les plus diplômés partent en premier], ce qui produit une dégradation symbolique, certains, qui restent, le vivant comme un échec. Ensuite, ces villes sont des pôles de centralité ; d’elles dépendent des milliers d’habitants. »

Des solutions ?

« Trois préconisations. La première : si désengagement de l’État il doit y avoir, il faut veiller à ce qu’il n’impacte pas ces territoires-là. Par exemple, ne pas fermer ici les services publics pour éviter la double peine. Ensuite remettre en cause l’injonction absolue à la croissance démographique car trop souvent les collectivités locales vont dépenser dans ce but, et en vain, des milliers d’euros. Enfin, il faudrait renforcer l’échelon intercommunal afin d’éviter que tout le monde ne raisonne, en termes d’attractivité, notamment commerciale [N.D.L.R. : mais aussi sanitaire], chacun dans sa ville. Cela nécessite que cet échelon se démocratise davantage. Avec, pourquoi pas, une élection des conseillers au suffrage universel direct. »