Enseignant à Sciences Po Paris, directeur de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié était hier l’invité du monde économique.

Au XVIe siècle, la bibliothèque royale contenait 1.500 ouvrages : les avoir tous lus à la fin de sa vie était un pari raisonnable. Désormais, rappelle Dominique Reynié, l’humanité produit tous les six ou sept ans autant de savoir que depuis ses débuts. « Mes étudiants m’apprennent énormément de choses, que moi, quand j’étais étudiant, j’aurais été incapable d’apprendre à mes maîtres », observe cet enseignant à Sciences Po Paris, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, invité hier à l’Espace Horizon de Chauray de la cérémonie des vœux du monde économique deux-sévrien : un rendez-vous désormais rituel, organisé conjointement par la chambre de commerce et d’industrie, la chambre de métiers et la chambre d’agriculture.

Question vitale

Comment, avec la quantité de savoirs qui explose, les transmettre entre générations au sein des entreprises ? Non seulement ces savoirs circulent de plus en plus vite, mais les nouveaux embauchés en savent plus que les anciens dans certains domaines. C’était la question posée hier soir, vitale pour une économie comme celle des Deux-Sèvres : 53 ans de moyenne d’âge dans l’agriculture, 55 ans dans l’artisanat, des statistiques du même ordre chez les patrons de l’industrie ou du commerce.
« On ne pourra pas digérer la masse océanique de savoirs : une forme de transmission se fera par la robotisation », envisage Dominique Reynié. Mais les robots ne feront pas tout loin de là, et la génération ancienne, née avant la chute du mur de Berlin et internet, a encore quelque chose de crucial à transmettre, juge-t-il : « Il y a un regard critique à transmettre, afin d’éviter de plonger dans le fétichisme de la technologie. Les valeurs éthiques, le jugement critique, c’est à transmettre et ce n’est pas une machine qui le fera. »

Populisme

Au fil des travaux de recherche, Dominique Reynié, considéré comme un libéral, est devenu un spécialiste du populisme. Son ouvrage « Populisme, la pente fatale », paru chez Plon, a reçu le Prix du livre politique en 2012. Et son dernier livre, paru fin 2017, pose dans son titre une question de plus en plus brûlante : « Où va la démocratie ? » Qu’est-ce qui se fait chez nos voisins, qu’on ne pratique guère chez nous, et dont on pourrait tirer des leçons pour faciliter la transmission des savoirs ? Parmi les éléments clés cités par Dominique Reynié : « On n’hésite pas chez nos voisins à donner une troisième ou une quatrième chance aux gens alors que chez nous, l’excellence académique est une maladie nationale : on a une école encore basée sur la punition et l’échec cinglant. »