La Fondation pour l’innovation politique dirigée par l’Aveyronnais Dominique Reynié publie une base de données de référence sur les attentats islamistes dans le monde de 1979 à nos jours.

Votre travail d’étude part de l’année 1979. En raison de l’invasion russe en Afghanistan ?

1979, c’est l’année-clé. L’invasion de l’Afghanistan par l’armée rouge fait que la résistance va s’islamiser. Avec l’apport en grand nombre de combattants moudjhaidins venus de plusieurs pays musulmans, va se constituer une sorte d’armée internationale.

C’est aussi l’année de la révolution iranienne…

C’est le deuxième facteur. La révolution iranienne a créé avec l’Arabie saoudite une compétition d’influences qui a amené l’islam chiite et le wahhabisme sunnite à islamiser des conflits internationaux ou politiques. En 1979, il y a aussi la prise d’otages de la Grande Mosquée de La Mecque par des fondamentalistes saoudiens. Et les accords de Camp David. Ils ont joué un rôle important : à partir de là, la cause palestinienne sera de moins en moins une cause nationaliste palestinienne et de plus en plus en plus une cause islamiste. Avec le Hezbollah et le Hamas qui prendront le pas sur l’OLP que nous connaissions autrefois. C’est une islamisation du monde musulman et une djihadisation de l’islam.

Lors de ces quarante ans, la France reste le pays de l’Union européenne le plus touché par ces attentats ?

Absolument. On met en évidence trois périodes. En 1979-2000, on voit la mise en place de ces conflits. On a une accélération à partir du 11 septembre 2001, où l’on voit que des pays non-musulmans, occidentaux, peuvent être touchés de manière très forte et spectaculaire. Le 11 septembre reste l’attentat le plus meurtrier dans l’histoire du terrorisme, toutes catégories confondues : plus de 3 000 morts, 16 000 blessés. Enfin, on a ce point de paroxysme, dans lequel nous sommes aujourd’hui, à partir de 2013 à l’échelle du monde, et de 2012 à l’échelle de la France. Ça commence dans notre région avec Mohammed Merah (sept personnes tuées à Toulouse et Montauban en mars 2012, NDLR). Cette dernière phase est la plus meurtrière dans le monde.

Et en France aussi ?

Oui. 66,2 % des attentats islamistes en France ont eu lieu entre 2012 et 2019. Soit plus de la moitié des attentats en Europe.

Mais les pays musulmans restent les plus touchés…

Tout à fait. Il y a eu 81 pays touchés par le terrorisme islamiste en quarante ans. En nombre d’attentats, l’Afghanistan reste le pays le plus frappé, il en a connu 8 460.En nombre de morts c’est l’Irak, avec 41 544 victimes. Puis viennent la Somalie, le Nigeria, le Pakistan, l’Algérie, la Syrie, le Yémen, les Philippines, l’Égypte, l’Inde, la Libye. Tous sont des pays musulmans ou presque entièrement musulmans. Plus de 91 % des victimes de ces attentats sont des musulmans. Et nous sous-estimons probablement le nombre de morts…

Quel état des lieux du terrorisme islamiste dressez-vous aujourd’hui ?

L’acmé c’est maintenant, nous y sommes. À partir de 2013, il y a un déploiement impressionnant de la violence islamiste. On a compté 167 000 victimes du terrorisme islamiste lors de ces quarante dernières années, dont 122 000 depuis 2013. Depuis cette année-là, 63 % des personnes qui meurent dans un attentat, meurent dans un attentat islamiste. Ce n’était pas le cas auparavant. La majorité de ces victimes mourraient dans des attentats non-islamistes : les Farc, les Tigres tamouls, le Sentier lumineux, etc. Alors, même si ça peut être contredit par l’apparent démantèlement de l’État islamique, nous ne sommes pas dans une phase de reflux, mais dans une phase de très grande effervescence djihadiste.