Propos recueillis par Kévin Badeau

LE CERCLE/INTERVIEW – Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, réagit au premier débat présidentiel à 11.

Hier soir, 6,3 millions de téléspectateurs ont suivi sur BFMTV et CNews le débat entre les 11 prétendants à l’Elysée. Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, think tank d’inspiration libéral, estime que les propositions hors-sol des candidats antisystème ont plombé ce moment démocratique.

Pensez-vous que le débat d’hier a permis aux électeurs de faire leur choix ?

Il était nécessaire de réunir les 11 candidats à la présidentielle dans des conditions d’égalité. Hélas, cette configuration inédite n’a permis aucun débat. Les prétendants à l’Elysée dit de «gouvernement» que sont François Fillon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron, ont dû faire face à deux candidats de « rupture » – Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon – et à six candidats « anti-système ». Ces derniers n’imaginent pas une seconde accéder au pouvoir et formulent ainsi des propositions ubuesques sur lesquelles ils n’auront jamais de compte à rendre.

Lesquelles vous ont le plus particulièrement marquées ?

En vrac : l’expropriation des capitalistes par Nathalie Arthaud, le désarmement des policiers par Philippe Poutou, la sortie du droit européen en cinq ans par Nicolas Dupont-Aignan… Cela n’a aucun sens.

S’agit-il, selon vous, d’un déni de réalité ?

C’est pire que cela. Certains candidats se sont laissé happer par un processus mortifère de forclusion, refoulant totalement le réel, notamment sur la question de la dette. Les candidats de « rupture » et «anti-système » formulent ainsi des propositions qui ne feraient qu’empirer l’état actuel de nos finances: recrutement d’agents publics, créations de nouveaux services publics, remboursement de tous les soins de santé…

Pour eux, la dette publique à 100% du PIB et l’évolution périlleuse des taux d’intérêt n’existent pas. Si on fait les comptes, au moins 8 candidats sur 11 étaient complètement déconnectés de la réalité. Cela ne peut permettre de faire avancer les débats.