Le politologue et ex-conseiller régional LR Dominique Reynié estime que la défaite du parti vient de l’absence d’un discours audible pour ses électeurs. Pour Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’innovation politique, la droite française doit prendre le «risque d’être sincère» si elle veut retrouver sa place sur l’échiquier politique.

Aujourd’hui, la droite est-elle morte ?

C’est là tout le paradoxe : la France est à droite par ses valeurs, ses attentes, ses préférences, mais les partis de droite sont en voie de disparition. A l’évidence, le macronisme attire une partie de leur électorat et le Rassemblement national aspire l’autre. Mais cela ne suffit pas à expliquer la situation dans laquelle se trouve la droite de gouvernement en France. Schématiquement, un quart des électeurs français se retrouve dans le vote Macron et un quart dans le vote Le Pen. Il y a donc tout un vote de droite en retrait, suspendu. C’est le signe d’une France qui ne se sent plus représentée et que l’on finit par oublier parce qu’elle s’est retirée des scrutins. Elle peut s’abstenir massivement ou voter blanc. On l’a vu lors des européennes qui se sont résumées à la confrontation Macron-Le Pen avec une abstention record et une forte dispersion électorale. L’absence de captation par LR et l’UDI est spectaculaire. Une partie de la droite ne se sent plus prise en considération. Et cette France de droite, porteuse d’aspirations parfois contradictoires, n’a pas de leader capable de la réunir et de la mobiliser par un discours ordonné autour d’une vision globale.

Que doit faire LR pour parler à nouveau à ce peuple de droite ?

Je ne pense pas que l’on puisse séparer le discours sur les valeurs du discours sur les questions économiques et sociales. La droite ne se reconstruira jamais aux côtés de La France insoumise et du Parti communiste contre la privatisation d’ADP. Cela n’a aucun sens. De même quand Laurent Wauquiez critiquait la politique fiscale de Macron en lui reprochant de «favoriser les riches».Cela signifie que la droite n’a plus de raison d’exister. Qui alors va se soucier des entrepreneurs, des créateurs de richesse, de ceux qui sont plus riches que la moyenne et qui sont donc indispensables, de ceux qui veulent promouvoir l’enrichissement personnel ? Si on considère que cette partie de la société ne peut plus être représentée parce que c’est difficile de porter ce discours, alors la droite peut cesser d’être. C’est à ses leaders d’avoir un discours qui fasse revenir à elle 15% à 20% des électeurs orphelins.

Pourquoi a-t-elle perdu cet électorat ?

Le fait de ne pas avoir tenu les engagements de campagne quand elle était au pouvoir explique cette désaffection. Mais il y a une dérive qui remonte à loin. Depuis 1945, la droite française ne s’est jamais retrouvée dans le monde de l’économie. Elle ne l’a jamais vraiment reconnu. Elle n’a jamais aimé l’entreprise, les entrepreneurs, le marché. Quand elle a été forte, elle a été étatiste. Typiquement, c’est le gaullisme. Mais lorsque ce modèle est entré en crise, dans les années 70, la droite est restée sur l’idée que nous allions revenir à une situation favorable grâce à l’action de l’Etat. La droite française est devenue un parti social-étatiste. Les premiers signes de ras-le-bol fiscal ne l’ont pas empêché d’augmenter les impôts, tout en laissant filer la dette et la dépense publique. Les mouvements de petits patrons protestataires – les «tondus», «pigeons», «pendus» et autres «moutons» – sont issus des entrepreneurs eux-mêmes, moyens et petits, non de la droite, qui les a ignorés, au pouvoir comme dans l’opposition. Elle a d’ailleurs commis la même faute vis-à-vis des agriculteurs. Si la droite n’est pas capable de porter un discours de promotion de l’entreprise, de baisse de la pression fiscale, de simplification réglementaire, si ce n’est pas son programme quasi obsessionnel, elle n’a plus sa place.

Est-ce que ce discours est compatible avec celui des valeurs ?

Oui, à condition de faire des choix. La droite doit prendre le risque d’être sincère, de se demander ce qu’elle veut vraiment. Lors de la loi Taubira, elle a été incapable d’anticiper la puissance de «la Manif pour tous». Elle s’y rallie parce qu’elle croit y voir un mouvement de la société tout entière. Elle ne s’est pas demandée quelles étaient ses véritables convictions. La droite n’a fait qu’un calcul tactique. Sur la PMA, quelles sont ses convictions ? Croit-elle pouvoir s’en sortir par un calcul politique ou en réfléchissant ? Elle s’est trompée sur l’économie, sur les mœurs et sur l’interprétation du RN parce qu’elle n’ose pas affirmer une doctrine propre. Si la droite veut se reconstruire, elle doit le faire sur ses idées, montrer une conviction et un courage politique.

Est-ce que la droite peut s’en sortir en s’alliant soit avec LREM, soit avec le RN ?

Dans le contexte actuel, une alliance avec l’un des deux serait une fusion-acquisition au profit de la formation dominante. La droite ne s’en remettrait pas. Cette option n’est pas la bonne. La droite devrait plutôt se demander quoi dire et comment convaincre de sa capacité à tenir son programme. Mais en dépit de ses échecs cinglants et répétés, elle semble persister à croire qu’un rapide bricolage lui permettra de se rétablir.