On s’en doutait, la fièvre qui s’est emparée de nos régimes politiques ne redescend pas. Longtemps comparée à une vague universelle que rien ne semblait pouvoir arrêter, la démocratie perd du terrain.

L’avancée des formations politiques radicalisées lors des derniers scrutins européens, des rouages de gouvernance de plus en plus grippés, la méfiance voire l’hostilité à l’égard des pouvoirs établis ou encore le grignotage constant des libertés publiques au prétexte de la lutte contre le terrorisme témoignent de cet abaissement du seuil démocratique. « Tous les piliers des régimes démocratiques (institutions, mentalité, mythologie) ont perdu de leur stabilité, pour ne pas dire qu’ils sont carrément chancelants », s’alarme le linguiste et essayiste italien Raffaele Simone (1). Même constat de la part du think tank américain Freedom House, qui a enregistré l’année passée la onzième baisse d’affilée de l’état des libertés dans le monde.

Cette désillusion gagne aussi l’opinion européenne, si l’on en croît l’enquête très récente réalisée par Ipsos pour le compte de la Fondation pour l’innovation politique et publiée dans un ouvrage précieux consacré à l’état de la démocratie (2). Ainsi, expliquent les auteurs, plus d’une personne sur deux dans l’Union européenne estime que la démocratie fonctionne mal dans leur pays.

Pour ceux qui en doutent encore, le politiste bulgare Ivan Krastcv nous rappelle, dans un ouvrage (3) à la fois lucide et décapant, que ‘ l’Union européenne est un pari à haut risque : elle est fondée sur l’idée selon laquelle l’espèce humaine évoluera vers une société plus démocratique et plus tolérante, se montrant ainsi capable de progrès ». Faut-il avoir envie de retrouver le gout du risque…

(1) Si la démocratie fait faillite, Raffaele Simone, Gallimard, novembre 2016
(2) Où va la démocratie ?, sous la direction de Dominique Reynié, Plon, octobre 2017
(3) Le Destin de l’Europe, Ivan Krastev, Premier Parallèle, octobre 2017