Les Démocrates de Suède, parti nationaliste et anti-immigration, pourraient s’installer en deuxième force lors des législatives ce dimanche dans le royaume.

La Suède va-t-elle rejoindre la cohorte des pays européens où l’extrême droite joue les premiers rôles ? A l’issue des élections générales (législatives, municipales et régionales) ce dimanche, les Démocrates de Suède (SD) – parti nationaliste et anti-migrants comme son nom ne l’indique pas – crédités de 17 à 20 % dans les sondages, pourraient se retrouver la troisième voire la deuxième force du Royaume, derrière les sociaux-démocrates et au coude-à-coude avec les conservateurs libéraux. Un paradoxe, alors que le pouvoir social-démocrate sortant peut se targuer d’une économie suédoise en belle santé !

Mais le programme du SD se résume à son slogan de campagne : « Stop à l’immigration ». Et Jimmie Akesson, son vigoureux leader, compte bien peser sur la future coalition qui dirigera le pays : fini le temps, clame-t-il, où le SD était considéré « comme une maladie passagère qui touche temporairement le Parlement ».

Ce mouvement né en 1988 a en effet longtemps senti le souffre. « Dans ses premières années, le SD était en relation avec d’autres groupes politiques appartenant aux milieux racistes, nazis ou suprémacistes blancs, écrit l’universitaire suédois Johan Martinsson dans une note de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). Et il comptait parmi ses membres des personnes qui avaient été actives dans les partis nazis suédois pendant les années 1930 et 1940, ainsi que des volontaires de la Waffen SS. » Avec un tel héritage, le SD était un parti paria, dans un pays où règne la social-démocratie.

La Suède, seul pays d’accueil avec l’Allemagne

Mais à partir de 1995, il change de leaders, interdit le port de l’uniforme et la consommation d’alcool aux rassemblements du parti et entame sa lente « dédiabolisation ». Ses dirigeants actuels sont d’ailleurs des admirateurs de Marine Le Pen ainsi que de Donald Trump ou de Matteo Salvini, dont ils louent la politique de fermeture des ports italiens.

La montée en puissance des Démocrates de Suède est axée sur le thème de l’immigration, « qui domine l’agenda public suédois, souligne le professeur Martinsson : dès 2015, 53 % des Suédois placent l’immigration parmi leurs principaux motifs de préoccupation ».

Ce tournant de 2015 ne doit rien au hasard. Cette année-là, ce pays de 10 millions d’habitants a accueilli 163 000 réfugiés de Syrie (250 000 sur 2014 et 2015). Le royaume a certes une tradition d’ouverture et de tolérance, ayant accueilli par vagues des réfugiés du Chili, d’Iran, des Balkans, d’Irak ou d’Afghanistan. Mais là, « les Suédois ont eu le sentiment qu’ils étaient les seuls avec l’Allemagne à faire preuve de générosité, ils ont été déçus que nos partenaires européens ne partagent pas leur effort », dit Veronika Wand-Danielsson, ambassadrice de Suède à Paris.

Un populisme nourri par les migrations

Le pays concentre notamment 30 % de tous les enfants non accompagnés réfugiés en Europe, attirés là par une politique favorable (structures d’accueil avec un enfant par chambre, ouvertures d’écoles, etc.). « Mais les mafias de passeurs se sont donné le mot et en ont profité, notre système a du coup été débordé comme à Malmö, et par manque de solidarité européenne tout cela a nourri le populisme du SD », ajoute la diplomate.

Bien que le flux migratoire ait désormais chuté depuis 2017 à environ 25 000 arrivées par an, le SD continue de prospérer, surtout auprès des Suédois les moins aisés, chômeurs et non-diplômés, sur ce thème. Reste la question : si le SD s’impose dimanche soir en deuxième force politique, quels seront son rôle et son influence ?

Ni le bloc de gauche ni celui de droite ne comptent inclure les Démocrates de Suède dans une coalition, dressant même un « cordon sanitaire » face à eux. « Mais une chose est sûre, concède Mme Wand-Danielsson. Le système démocratique exige de tenir compte d’un parti qui pèse 17,18 % ou plus de l’électorat. »