Analyse politique et géopolitique de la semaine en direct et en public de l’Odéon avec l’économiste Daniel Cohen, la journaliste Christine Ockrent, le dessinateur Plantu, la sociologue Dominique Schnapper et le politique Dominique Reynié.

Retrouvez l’émission dans son intégralité ici.

Première partie : G20: qui a encore envie de « jouer collectif »?

Les 20 plus grands dirigeants de la planète qui avaient posé jeudi pour la photo avaient l’air détendus et souriants, faisant même « coucou » pour le photographe, telle une classe sympathique qui se retrouvait pour la kermesse de fin d’année : au premier rang on distinguait Emmanuel Macron, un peu crispé, les deux bras le long du corps, le président français qui était arrivé un peu avant les autres pour un entretien avec son homologue japonais pour parler des enjeux de l’indo pacifique. Nouvelle stratégie géopolitique très en vogue où il s’agissait de se rapprocher du Japon et de l’Inde pour contrer l’influence grandissante de la Chine dans cette région stratégique du monde. Non loin du français le président  Recep Tayip Erdogan avait l’air un peu ailleurs, comme s’il ressassait encore la gifle électorale qu’il venait d’essuyer aux élections municipales d’Istanbul. A côté de lui, Donald Trump, fidèle à lui-même, ne regardait pas l’objectif, ne faisait pas coucou, ne souriait pas, mais semblait en grande discussion avec son voisin. Le sulfureux prince saoudien Mohamed ben Salmane, son allié dans le Golfe, avec les émirats, pour contrer le Qatar et surtout le grand ennemi iranien, avec qui les tensions étaient allées crescendo la semaine précédente. Enfin toujours au premier rang, Vladimir Poutine était à côté de Xi Jinping, le chinois et le Russe avaient l’air de se plier à l’exercice du sourire et du coucou mais de n’en penser pas moins, partageant sans doute la même indifférence à ce « moment de multilatéralisme », eux qui désormais ne détestaient pas afficher leur entente, qu’ils opposaient au camp souvent fissuré des Occidentaux. Enfin, tout au bout de ce premier rang, il y avait Angela Merkel, dont les tremblements officiellement dus à la chaleur avaient défrayé la chronique de ces derniers jours, certains y lisant la fragilité physique et politique de la chancelière, dans son pays comme au niveau européen.

En définitive, elle disait beaucoup cette photo du G20 et les sourires ne trompaient personne : guerre commerciale sino-américaine, réchauffement climatique, Moyen Orient explosif, qui avait encore envie, dans ce monde là, de jouer collectif ?

Deuxième partie : Réforme de Sciences-Po : la fin des grandes écoles à la française ?

C’est une réforme qui est peut être un détail pour les étrangersMais qui pour la France veut dire beaucoup : la fin de l’écrit pour entrer à Sciences Po. La fin des fameuses dissertations en deux parties de Sciences-Po, qui faisaient la fortune de toutes ces prépas privées garantissant aux candidats de leur en dévoiler toutes les ficelles, moyennant des formations relativement onéreuses et donc discriminantes !

Sciences-Po recrutera désormais sur dossier, en prenant en compte les résultats de l’élève depuis la Seconde, et quatre à cinq notes issues des épreuves anticipées du nouveau bac version 2021. Le bac comme pilier de la nouvelle procédure d’admission à Sciences Po comme le faisaient déjà depuis longtemps les grandes universités britanniques ! Après l’écrit, autre nouveauté, un oral à distance pour tout le monde via un écran d’ordinateur. Une manière d’éviter aux candidats de coûteux déplacements et une méthode déjà pratiquée par plusieurs écoles de commerce post-bac.  Objectif pour Sciences-Po : « élargir » son vivier de recrutement, notamment dans les classes moyennes. Avec par ailleurs des quotas qui ne disaient pas leur nom pour favoriser l’admission de candidats boursiers ou venant de quartiers défavorisés.

Depuis la crise des Gilets jaunes, le mouvement de réforme des grandes écoles, c’est-à-dire de ce vivier dont sortait la majorité de ce qu’on appelait « les élites », responsables politiques, journalistes, dirigeants d’entreprises semble donc s’accélérer : l’Élysée ayant également confié à Frédéric Thiriez, l’ancien patron du foot professionnel, la mission de réfléchir à une nouvelle manière de recruter les élites de la haute administration – en supprimant au passage l’ENA. Tandis que Polytechnique et l’École normale supérieure sont aussi en train de préparer leur aggiornamento.

Et si nous étions en train de vivre la fin des grandes écoles à la française ? Cette particularité hexagonale qui posait question depuis des décennies