L’émotion qui a saisi le pays après l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty ré veille celle qui fut ressentie après les meurtres du père Jacques Hamel ou du gendarme Arnaud Beltrame. Ces attaques-là, parce qu’elles ont frappé une personne seule, restent davantage dans nos mémoires. Elles leur donnent une incarnation, alors que les meurtres de masse comme ceux du Bataclan, le 13 novembre 2015, ou de la Promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet 2016, provoquent une sorte de sidération. Cette émotion tient aussi au poids symbolique de la vocation des victimes. Un prêtre, un gendarme, un enseignant. Des métiers au service de la collectivité, exercés dans la gratuité. On est bien sûr tenté de dresser un parallèle particulier entre Jacques Hamel et Samuel Paty tant les figures, à la fois rivales et conjointes, du prêtre et de l’instituteur ont joué un rôle fort dans l’histoire contemporaine de notre pays. La mort du père Hamel avait amené beaucoup de Français à se souvenir de figures de prêtres ayant accompagné des étapes, heureuses ou douloureuses, de leur vie. De même l’assassinat de Samuel Paty fait- il remonter dans notre mémoire ceux qui, à l’école, nous ont fait éprouver la joie d’apprendre. Cependant, nous devons faire l’effort de porter dans notre mémoire toutes les victimes. Dimanche sur France Culture, Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, rappelait que, depuis mars 2012, il y a eu 54 attaques islamistes qui ont fait 290 victimes. Elles visaient des journalistes, des policiers, des militaires, des juifs; elles s’en prenaient à un concert, à la célébration du 14-Juillet, au marché de Noël de Strasbourg. C’est à toutes ces personnes, à toutes ces cir constances qu’il faut penser pour affronter l’adversaire, calmement et fermement.