CONTRE-POINT – Il ne suffira pas d’arborer le label macroniste pour s’imposer lors des élections municipales de 2020. L’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux devra également surveiller les initiatives au sein de sa propre famille politique.

C’est un conseil d’une figure chevronnée de la macronie: «Gare à l’effet Fillon au soir de la primaire.» Fin 2016, le rejet de François Hollande était si manifeste que nombre d’élus et d’observateurs pensaient que le vainqueur de la présidentielle de 2017 était connu dès le soir de la primaire de la droite. «L’effet Fillon» aujourd’hui serait de croire qu’en raison des scores obtenus à Paris par Emmanuel Macron en 2017 et par la liste Loiseau en mai dernier, la désignation du candidat LREM suffirait à donner dès maintenant le nom du futur maire de la capitale. Benjamin Griveaux a franchi un cap important pour lui ; il est encore loin d’occuper le fauteuil d’Anne Hidalgo.

En premier lieu, l’étiquette ne fait pas l’élection. C’est répété à l’envi, notamment à LR et au PS, pour rappeler que, dans une élection municipale, le bilan d’un maire sortant ou le projet d’un postulant priment sur l’appartenance partisane. C’est vrai tout autant pour La République en marche. Il ne suffira pas pour l’ancien porte-parole du gouvernement d’arborer le label macroniste pour retrouver les scores enviables réalisés en 2017 (34,83 % à Paris) ou en 2019 (32,92 %). Le défi pour Benjamin Griveaux est d’imposer rapidement une «griffe» personnelle sur la campagne parisienne ; ce qu’il n’a pas encore réussi à faire depuis deux ans qu’il affiche son ambition d’être maire. Et avant d’être confronté à ses concurrents principaux – Anne Hidalgo, Rachida Dati, notamment -, le candidat désormais désigné devra surveiller jusqu’au bout les initiatives au sein de sa propre famille politique. La décision d’une commission d’investiture n’est pas qu’un chiffon de papier. Elle oblige en principe l’ensemble du camp présidentiel. Mais certains parlementaires et ministres restent sceptiques sur la capacité de Benjamin Griveaux à s’imposer clairement face à la maire en place et échafaudent in petto un scénario: si les sondages devaient confirmer à l’automne qu’une victoire macroniste n’est pas acquise, relancer à ce moment l’hypothèse Édouard Philippe.

Mais la véritable inconnue est d’ordre électoral. Aux européennes, la liste Loiseau a bénéficié d’un double effet. Celui d’une adhésion positive au projet européen du président de la République. Et celui d’un «vote utile» pour faire barrage au Rassemblement national. Or ces deux motivations de vote n’existeront pas en mars puisque l’enjeu sera municipal, et non plus national, et parce que le parti lepéniste fait son plus mauvais score dans la capitale. Cette double disparition fera l’affaire d’Anne Hidalgo d’un côté et de la droite LR de l’autre. Dans une note rédigée pour la Fondation pour l’innovation politique, Nelly Garnier met par ailleurs en garde contre une vision trop simpliste de la sociologie des métropoles dont on ferait une réserve de catégories aisées bien intégrées dans la mondialisation, autrement dit le vivier électoral par excellence du macronisme. Il y a donc selon elle place pour une autre alternative ; à condition que la droite y croie elle-même. «Si tous les élus de droite se persuadent qu’ils sont morts dans les villes, ils peuvent très bien en faire une prophétie autoréalisatrice», met en garde dans le FigaroVox celle qui fut directrice des études de LR. Nelly Garnier souligne l’importance de la question sécuritaire à Paris sur laquelle la droite pourrait être mieux armée que LREM pour répondre aux inquiétudes de ce qu’elle appelle les «bobos sécuritaires».