Hong Kong est devenu l’épicentre de la guerre à laquelle se livrent les Etats-Unis et la Chine dans tous les domaines, politiques, commerciaux, technologiques et financiers. La rivalité, classique, entre les deux pays est celle de la première puissance économique mondiale qui entend le rester mais perd du terrain face à la deuxième qui fait tout pour combler son retard.

La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong est une nouvelle occasion pour les Etats-Unis de déclencher une vaste offensive contre Pékin, à la veille des élections américaines que le président Donald Trump doit affronter en état de faiblesse, en appliquant unilatéralement de nouvelles sanctions contre la puissance chinoise.

Cette loi, par les nouveaux « crimes » qu’elle introduit, vise à intimider et mettre au pas les citoyens de la Cité-Etat qui n’ont cessé de réclamer plus de démocratie depuis la révolution des parapluies en 2014, jusqu’aux émeutes de 2019 qui ont paralysé la ville et mis à mal ce qui a fait, durant des siècles, le succès de Hong Kong : la stabilité.

La loi met en place un système policier et judiciaire parallèle à la common law issue de la tradition britannique. Elle permet d’arrêter et de juger en Chine continentale toute personne qui enfreint la loi, selon les règles juridiques chinoises qui offrent moins de garanties d’impartialité que celle de Hong Kong.

Donald Trump s’est lancé dans une vaste offensive de sanctions dont l’impact demeure limité, principalement le gel des avoirs aux Etats-Unis des dignitaires de Hong Kong et la fin des avantages commerciaux spécifiques pour l’île-Etat. Mais les vraies sanctions sont ailleurs et ne visent pas spécialement à protester contre le sort fait à Hong Kong mais à ralentir la montée progressive en gamme de l’économie chinoise.

Le temps devant soi. Les principales entreprises visées par les sanctions américaines sont les entreprises de technologie. Il y eut d’abord ZTE. Mais quand les investisseurs ont alerté sur le fait que les sanctions contre l’équipementier chinois risquaient de mettre à mal le marché des smartphones, les Etats-Unis ont reculé et les ont amoindries. Il y a eu ensuite Huawei avec l’application des lois extraterritoriales américaines pour bannir Huawei des réseaux américains, mais également forcer les alliés des Etats-Unis, notamment les Européens, à faire de même.

Et puis il y a eu TikTok. Utilisant l’argument de l’espionnage, l’administration Trump exproprie de fait le propriétaire chinois de l’application, très populaire auprès des jeunes, mais qui a le défaut de ne pas être américaine. Cette expropriation ne devrait pas rester sans conséquence pour les entreprises américaines en Chine. Le prochain est WeChat…

Hong Kong ne sert à Donald Trump que d’argument antichinois pour sa campagne présidentielle. La Chine mène une politique de long terme qui vise à la réunification de tous les territoires chinois, y compris Taïwan. La politique de Xi Jinping ne peut qu’exacerber la défiance de Taipei, alors que les Etats-Unis renforcent leur splendide isolement. Même s’il gagnait en novembre prochain, Donald Trump ne serait président que pendant huit ans. Xi Jinping est au pouvoir depuis 2012, soit depuis déjà huit ans. Et il n’a pas d’élection devant lui.

Laurence Daziano est maître de conférences en économie à Sciences Po. Elle vient de publier avec Jean-Pierre Cabestan Hongkong, la seconde rétrocession à la Fondapol.