ENTRETIEN RÉALISÉ PAR :
VALERIE HACOT, SEBASTIEN LERNOULD, FREDERIC MOUCHON, SEBASTIEN RAMNOUX ET HENRI VERNET
AVEC DOMINIQUE REYNIE ET JULIEN DAMON DE LA FONDATION POUR L’INNOVATION POLITIQUE

Présidentielle : Deuxième rendez-vous de notre série sur la primaire ; Jean-François Copé. Son programme, de « droite décomplexée », est-il réalisable ?

JEAN-FRANÇOIS COPÉ est le deuxième candidat LR à la primaire de la droite « auditionné » par notre journal et la Fondation pour l’innovation politique. A la peine dans les sondages (un minuscule 1 % dans notre enquête Ipsos-Sopra Steria dimanche), le maire de Meaux, ancien patron de l’UMP contraint à la démission en 2014, dans la tourmente Bygmalion, détaille un programme solide, résolument à droite. A l’évidence, il a travaillé son projet. Mais il a surtout un nom à la bouche, celui de Nicolas Sarkozy. Pour lui, l’ancien président incarnerait « la droite qui ne s’assume pas ». Alors que Copé s’attache à démontrer qu’en matière de dépenses publiques, de laïcité, d’autorité de l’Etat et de méthode de gouvernement, il faut absolument une fermeté de « droite décomplexée ». Avec les chercheurs du think tank libéral Fondapol, dirigé par Dominique Reynié, nous avons jaugé ses propositions. L’essentiel des échanges est retranscrit dans ces pages. L’intégralité est à découvrir en vidéos sur les sites du « Parisien » – « Aujourd’hui en France » et de Fondapol. Une fois les six candidats Républicains interviewés (le septième concurrent, Jean-Frédéric Poisson du Parti chrétien-démocrate fera l’objet d’un entretien à part), nous vous proposerons l’ensemble des programmes. Afin que vous puissiez comparer.

Vous êtes toujours à 1 % dans les sondages, pourquoi persistez-vous à vous présenter ?

JEAN-FRANÇOIS COPÉ. Les sondages sont-ils les seuls à pouvoir déterminer qui peut se présenter à une élection ? Les campagnes sont des moments de vérité. On a bien vu, jeudi dernier, au débat de TF1, que les lignes peuvent bouger. En vérité, hormis Alain Juppé, tout le monde est mécontent de ces sondages. Quant à moi, je ne risque pas de baisser…

Cette candidature, deux ans après l’affaire Bygmalion, c’est aussi la bonne fenêtre de tir pour revenir dans le jeu politique ?

Oui, c’est vrai. Vrai aussi que, pour moi, le véritable déclencheur, c’est que mon honnêteté ait été confirmée par les magistrats. Près d’une quinzaine de personnes, dont Nicolas Sarkozy, ont été mises en examen dans cette affaire. Si j’avais été mis en examen, je n’aurais pas été candidat.

L’antisarkozysme, c’est votre moteur ?

Je suis très offensif, oui, mais pas plus à l’endroit de l’un que des autres.

Si, quand même…

Avec lui comme avec François Fillon, j’ai des divergences de fond. L’enjeu de cette campagne, c’est la crédibilité. Les Français que j’ai rencontrés m’ont tous dit la même chose : « On ne croit plus la droite, parce que lorsque vous étiez au pouvoir, vous n’avez pas fait ce pour quoi vous avez été élus».

Sarkozy aussi a une ligne très droitière. Quelle est votre originalité par rapport à lui ?

J’ai imaginé le concept de droite décomplexée au lendemain de la défaite de 2012. La droite décomplexée, ça n’a jamais été une droite extrémiste, excessive. C’est une droite qui doit être elle-même. Je n’ai jamais pensé qu’on gagnerait une élection en allant reprendre les propositions du Front national.

Sarkozy court après le Front national ?

Non. Mais quand on dit qu’on va faire des référendums pour aller directement au peuple, pour reprendre sa formule, je dis que c’est suicidaire. Parce que le vrai référendum, c’est l’élection présidentielle. La droite décomplexée, c’est une droite qui a le courage de faire, et pas simplement le courage de dire. Or, souvent, il y a chez Nicolas Sarkozy un verbe haut, et des demi-mesures derrière.

Mais Sarkozy a subi la crise de 2008…

C’est un alibi. L’Allemagne a eu une crise deux fois plus violente que nous, mais elle a réussi à faire des réformes de structure, parce qu’elle n’a pas eu la main qui tremble. Nous avions tous les pouvoirs, malheureusement nous avons reculé devant la CGT, la gauche caviar, la crainte des mauvais sondages…

Pourquoi souhaitez-vous rendre obligatoire l’apprentissage de l’hymne national à l’école ?

Il faut réfléchir dès l’école à ce que veut dire la notion d’attachement à sa patrie. D’où mon idée de créer dans les établissements un moment régulier, où les élèves se retrouvent pour chanter « la Marseillaise » devant le drapeau tricolore. Je propose aussi que, dans chaque école, les élèves portent un uniforme avec l’écusson de leur établissement, comme cela se fait en Grande-Bretagne.

Cela n’a-t-il pas un côté suranné ?

Je n’ai pas l’impression que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne soient des pays surannés, et pourtant ils sont très attachés à leur drapeau et à leur hymne.

On est tous gaulois, comme l’a dit récemment Nicolas Sarkozy ?

Non, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas aimé cette référence. Nous ne sommes pas tous gaulois, et nos ancêtres ne l’étaient pas tous non plus. Ce qui est sûr, c’est que nous habitons tous le même pays et que nous lui devons le respect. C’est pourquoi j’ai proposé de supprimer le droit du sol, qui fait partie de ces tabous dont on n’aurait pas le droit de parler. Lorsqu’on est né en France de parents étrangers, on devrait faire la démarche, à l’âge de 16 ou 18 ans, de demander à être français Pour retrouver un esprit collectif, c’est capital !

Vous êtes très offensif sur les questions de laïcité…

C’est un des combats de ma vie. J’ai pris des risques, notamment quand j’ai fait cette loi d’interdiction de la burqa. A partir de quand la République va dire : « Maintenant stop, ça suffit » ? Je propose un code de la laïcité qui fixera dix règles à respecter pour le culte musulman : que les imams parlent français, qu’ils aient un diplôme de laïcité, que le voile soit interdit dans les établissements publics…

On vous parle souvent de l’histoire du pain au chocolat ?

Bien sûr ! Des voyous qui arrachent le pain au chocolat d’un gamin et qui lui disent : « Tu ne manges pas pendant le ramadan », c’est une anecdote du quotidien qui ne passe jamais au journal de 20 heures. Et pourtant, elle fait écho à d’autres histoires comme cette serveuse molestée à Nice parce qu’elle vendait de l’alcool, ou ces restaurateurs passés à tabac pour avoir servi à manger pendant le ramadan. Je n’ai pas inventé ces histoires.

Vous proposez un service national. Mais quel contenu ? Et quel coût ?

Je propose que tous les jeunes – 800 000 filles et garçons – d’une classe d’âge participent pendant six mois à une mission dans l’armée, dans des associations caritatives ou de solidarité entre générations… Pour renouer avec l’attachement à la France. Son coût sera de l’ordre de 4Mds€.