Edito. Jérôme Fourquet analyse la droitisation des Français. Mais n’est-elle pas alimentée par l’omniprésence médiatique de la nouvelle gauche radicale ?

Lorsqu’on demande aux Français de se positionner sur un axe politique, ils se montrent de plus en plus nombreux à se ranger à droite. Tel est l’enseignement de  la nouvelle étude du politologue Jérôme Fourquet. Qu’est-ce qu’être de droite en 2020 ? On le devient presque malgré soi tant la pensée s’égare, d’après l’expression de la philosophe Alexandra Laignel-Lavastine.
Ainsi, une conseillère de  Paris  écologiste explique sur Russia Today que « ne pas avoir un mari l’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée ». Tandis qu’
un gendarme noir est traité de « vendu »  par des manifestants décoloniaux et indigénistes. Aux yeux de ces idéologues, un citoyen se disant de gauche, républicain, attaché à l’égalité des sexes, ne
transigeant pas sur l’universalisme des Lumières ni sur l’État de droit, se classe à droite. C’est un « dominant », selon leur terminologie. Il n’est pas légitime pour débattre d’un certain nombre de sujets : racisme, égalité hommes-femmes, laïcité, écologie…

La droite, cette appellation fourre-tout

Une nouvelle loi politologique s’impose, bien décortiquée par l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté dans son livre  Le Nouveau Régime  (Boréal) : « Il suffit de ne pas suivre le rythme et de se montrer un peu plus attaché que prévu à certaines institutions, à certaines traditions, à un mode de vie, à un cadre politique, pour être immédiatement associé à la droite et, tôt ou tard, à la droite populiste, puis pour finir à l’extrême droite… »

La droite, cette appellation fourre-tout, finit donc par héberger, par défaut, tous les Français qui refusent de se plier à la tyrannie des marges et des minorités. Sont désormais catalogués à droite l’autoentrepreneur de banlieue, la sociale-démocrate carnivore, la lectrice (blanche ou noire) d’  Autant en emporte le vent, le concessionnaire automobile exposant des véhicules diesel, le professeur qui n’a pas renoncé à faire régner la discipline dans sa classe, le prolo qui bâtit sa maison le week-end, l’hôtesse de l’air du vol  Toulouse -Paris, la vieille dame allant embrasser à distance son mari à l’Ehpad durant le confinement…
Peu représentatifs, les nouveaux groupes de pression n’en imposent pas moins leur calendrier et leurs thèmes. Ils savent, comme personne, créer le scandale. Ils ne lâchent jamais leur proie. Pour éviter l’opprobre, beaucoup finissent par leur céder.
Les médias font la part belle aux combats de cette nouvelle gauche radicale. « Le monde médiatique semble vouloir ignorer ou minorer des réalités qu’il ne comprend pas ou réprouve, tandis que, d’un autre côté, il se montre déterminé à promouvoir des irréalités dans lesquelles il nous demande de nous reconnaître »,
expliquait le politologue  Dominique Reynié  dans  un récent entretien au  Figaro . C’est notamment vrai pour le service public de l’audiovisuel. Sur l’économie, la sécurité, l’éducation, la laïcité et l’environnement, c’est souvent le même son de cloche qu’on y entend… Très éloigné des préoccupations et des orientations de cette «  France  de plus en plus à droite » décrite par  Jérôme Fourquet . Certaines antennes publiques sont en réalité des chaînes d’opinion. Mais ça ne se dit pas. Le procès en politisation vaut uniquement pour  CNews , qui invite plus de gens de droite que la moyenne. L’opinion est de droite et l’info de gauche. Tenons-le-nous pour dit. La « New York Timesisation » des esprits
La déconnexion des médias avec les réalités du pays est flagrante. Certaines écoles de journalisme déforment leurs étudiants au lieu de les former à leur métier. On se demande si ce déni n’est pas intentionnel : on voudrait précipiter les auditeurs et les téléspectateurs dans les bras de l’extrême droite que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

La « New York Timesisation » des esprits est en marche.

Le grand journal américain sombre dans le sectarisme le plus complet . La curiosité intellectuelle y est devenue un défaut, selon la journaliste  Bari Weiss , qui vient d’en démissionner. La « cancel culture » impose ses anathèmes et établit la liste des penseurs suspects. Notre époque « ex-cogite », selon le néologisme du philosophe Jacques Maritain. L’ex-cogitation est cet «art positif et méthodique de se crever mentalement les yeux ». Nous avançons comme des somnambules sur un volcan menaçant d’éruption.