Le parti qui a succédé à «En marche!» est désormais en tête des sondages en France. Les bons débuts d’Emmanuel Macron à l’Elysée pourraient se refléter dans les urnes. Avec une opposition de droite dans le viseur.

C’est parti pour la seconde étape du grand bouleversement politique français. Avec l’ouverture ce lundi de la campagne officielle pour les législatives des 11 et 18 juin – les Français de l’étranger, Suisse incluse, voteront dimanche prochain 4 juin –, l’ampleur du séisme Emmanuel Macron va être, ou non, démontrée.

Le nouveau président français, rappelons-le, a lancé de toutes pièces son mouvement En marche! en avril 2016, avant de se déclarer candidat à l’Elysée en novembre, puis d’être élu le 7 mai face à Marine Le Pen. Conséquence: En marche! a aujourd’hui laissé la place à La République en marche! (LREM), un parti politique à part entière, qui a officiellement accordé son investiture à près de 550 candidats, pour 577 sièges de députés à l’Assemblée nationale. La trentaine de sièges laissés vacants est, la plupart du temps, occupée par des députés sortants qui se représentent sous une autre étiquette, mais sont prêts à rejoindre une future majorité présidentielle. Y figurent l’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls, les anciens ministres PS Marisol Touraine (Santé) et Stéphane Le Foll (Agriculture) ou des figures de droite comme Benoist Apparu, proche d’Alain Juppé et du chef du gouvernement, Edouard Philippe.

Depuis la présidentielle, la capacité de ce nouveau parti d’emporter la majorité absolue de 289 sièges est disséquée sous tous les angles. Même si nombre de figures parlementaires de droite comme de gauche ont pris leur retraite et si l’entrée en vigueur de la loi sur le non-cumul des mandats a poussé de nombreux maires à renoncer à briguer un nouveau siège de député, l’enracinement local de nombreux sortants est en général considéré comme un obstacle de taille face aux recrues méconnues de LREM, novices en politique, dont la moyenne d’âge tourne autour de 45 ans.

Les failles béantes du 7 mai

Autre argument des «Macronsceptiques»: les failles béantes du vote du 7 mai, marqué par une forte abstention (plus de 25%), par un nombre record de bulletins blancs (3 millions) et par le record absolu en voix jamais enregistré par le Front national (33,9% soit 10,5 millions de suffrages). «Sur le papier, l’espace politique français est plus morcelé que jamais, reconnaît le politologue Dominique Reynié, de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol.org). Mais la grande chance d’Emmanuel Macron réside dans l’affaissement sans précédent des partis traditionnels.»

La question, en effet, n’est pas seulement de savoir si le nouveau chef de l’Etat français, crédité d’environ 60% d’opinions favorables depuis sa prise de fonction, peut convaincre les électeurs de lui donner les moyens de gouverner. Il s’agit aussi de savoir ce que ces derniers pensent des partis politiques. Et s’ils ne vont pas les sanctionner comme ils l’ont fait au premier tour de la présidentielle, en éliminant François Fillon (Les Républicains, droite) et surtout Benoît Hamon (candidat du Parti socialiste au pouvoir depuis 2012).

Or cela semble être le cas. Une enquête d’Opinionway pour Les Echos, publiée vendredi, donne La République en marche! en tête avec 28% des intentions de vote, ce qui pourrait lui rapporter entre 310 et 330 sièges (le PS en avait gagné 309 en 2012). Avec, en face, une droite malmenée mais encore solide (entre 140 et 160 sièges), des socialistes laminés (moins de 40 sièges), une gauche radicale emmenée par Jean-Luc Mélenchon autour d’une trentaine de sièges et le FN en queue de peloton, avec moins de vingt sièges (contre deux sortants).

Autre élément favorable à une dynamique Macron: la logique institutionnelle de la Ve République. Depuis sa création par le général de Gaulle en 1958, les législatives organisées dans la foulée d’une présidentielle – Georges Pompidou, élu en 1969, avait hérité de la majorité gaulliste en 1968, et Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974, avait gardé la majorité de droite élue en 1973 – ont souvent donné au locataire de l’Elysée une ample majorité. Mieux: cela a toujours été le cas depuis l’instauration du quinquennat en septembre 2000 pour Jacques Chirac (2002), Nicolas Sarkozy (2007) et François Hollande (2012).

Le Front national handicapé

Dernier facteur d’optimisme pour l’Elysée: le Front national, premier parti du pays en nombre de voix, reste très défavorisé par le scrutin majoritaire qui permet aux autres partis de s’allier contre ses candidats pour les faire battre lorsqu’ils se qualifient pour le second tour. Le FN est, en plus, sorti divisé de la présidentielle. Et, bien que Marine Le Pen ait décidé de se lancer dans la bataille dans son fief d’Hénin-Beaumont, sa capacité de mobilisation législative est bien moindre que lors de la présidentielle.