Ce que l’on voyait dans les intentions de vote (et avec la limite de l’exercice) m’a impressionné : on pouvait y voir l’usure des votes pour l’alternance et la montée en puissance de ceux en faveur de la rupture. Autrement dit, on ne vote plus à gauche ou à droite, mais en antagonisme avec la gauche et la droite. Cette polarisation politique se retrouvait déjà, à mon avis, dans les scrutins en faveur de Trump aux Etats-Unis, du Brexit en Grande-Bretagne, du PS en Pologne, d’Erdogan en Turquie. A chaque fois, on trouve la même géographie électorale, qui oppose une population vivant encastrée dans le territoire national souvent rurale ou périphérique, aux inclus dans la mondialisation, vivant souvent dans les métropoles. Ce clivage était déjà présent lors du référendum de 2005. Cette France de la rupture, potentiellement majoritaire, est politiquement fragmentée entre l’abstention voire la non-inscription et les votes protestataires populistes. Et cette fragmentation aboutit probablement a la victoire du camp des inclus, qui, s’il est moins nombreux, a pour lui la cohérence et la concentration, ce qui lui donne un effet de levier pour le second tour. Un exemple : 24 % des voix pour Emmanuel Macron équivalent à un score de 18,7 % des inscrits. On comprend que sans cet « effet de levier », la victoire n’est pas possible au second tour. L’envers de la médaille, c’est que les catégories populaires ont certes le nombre pour elles, mais pas le pouvoir de décision, pas la souveraineté. Cette dissociation travaille le corps démocratique en profondeur. D’abord, parce que cela réduit d’emblée la légitimité du pouvoir François Hollande, qui a réuni moins de 40 % des électeurs au second tour de 2012, l’a immédiatement ressenti. Ensuite, parce que les électeurs de la périphérie sont ceux qui subissent le plus les lois et décisions nationales, alors que ces dernières sont définies par des groupes mondialises pour qui elles sont le moins contraignantes. C’est une situation potentiellement dangereuse. •