ETUDE – Le think tank Fondapol vient de publier un rapport intitulé « L’intelligence artificielle en Chine : un état des lieux ». Un texte pour faire le point sur la stratégie du pays qui mise beaucoup sur cette technologie.

 

Le côté sombre de l’intelligence artificielle est souvent présenté à travers des applications développées en Chine, comme les  systèmes de notation des citoyens  ou encore l’utilisation de la reconnaissance faciale pour humilier les malotrus qui ne traversent pas dans les clous au passage piéton en affichant leur portrait dans la rue. Cette réalité, la doctorante à Science Po Paris, Aifang Ma, auteure du rapport  « L’Intelligence artificielle en Chine : un état des lieux » , publié lundi par le think tank libéral Fondapol, ne l’ignore pas, mais ne la traite pas comme des menaces aux libertés.

Dans ce texte publié mardi, elle choisit de souligner les apports bénéfiques de la technologie pour le pays : « La Chine fait face à de nombreux enjeux et défis et elle a un immense besoin d’IA pour résoudre ses problèmes internes. Elle est pour l’instant le plus grand émetteur de gaz à effet de serre dans le monde. Elle doit aussi améliorer les services publics au bénéfice de ses 1,3 milliard d’habitant, d’autant plus qu’elle est déjà entrée dans une société de vieillissement. La technologie de l’IA doit aider la Chine à relever les défis sociétaux, ce qui est dans l’intérêt de tous les Etats- du monde. »

Depuis l’annonce du grand plan de développement de l’IA, en 2017, elle récapitule les objectifs du pays : être leader du domaine en 2030, atteindre un niveau de subvention d’au moins 23,15 milliards de dollars d’ici à 2020 (celui de l’Union européenne est de 20 milliards d’euros mais nécessite la contribution des pays membres), et créer un marché national à 156 milliards de dollars.

Aifang Ma met en exergue les avancées de la Chine : un nombre de publications scientifiques concernant l’apprentissage profond (une sous-catégorie de l’IA qui lui a valu un retour en force ces dernières années) désormais plus important que les Etats-Unis, ou encore des performances en reconnaissances d’images – supérieures à celles de Google – avec le géant technologique abondamment subventionné Baidu.

Et la force de la Chine semble bien résider dans un soutien public de grande ampleur. Le système de reconnaissance faciale CloudWalk a ainsi reçu 301 millions de dollars pour le centre d’images de la ville de Canton. Par contraste, aux Etats-Unis, « le soutien financier à la R & D en IA semble ne pas être à la hauteur de l’ambition américaine ». Chez l’Oncle Sam, les acteurs privés sont les principaux moteurs.

« Les investissements colossaux que la Chine consacre à l’IA s’expliquent tout d’abord par l’environnement inamical où elle se trouve. » Et l’auteure de rappeler  l’embargo sur les puces américaines, aussi bien que la présence de l’US Army dans la région ou l’alliance Japon-Inde pour le développement du commerce.

Le parti décide, la région exécute

« Quand le parti donne un plan d’action, ce sont les régions qui mettent ça en action, et tout le monde suit », explique Françoise Soulié, professeure en informatique qui vient d’enseigner pendant trois ans l’intelligence artificielle à l’université chinoise de Tianjin.

« Quand j’y étais, un investissement de  deux milliards de dollars avait été lancé pour automatiser le port de Shanghai. Depuis, un fonds de plus de  dix milliards de dollars a été annoncé par la ville. L’objectif de 23,15 milliards de dollars de l’Etat dans son ensemble me semble donc tout à fait tenable d’ici 2020, et c’est même un minimum. »

Elle explique aussi que lorsque l’entreprise iFlytek recherche des données pour perfectionner son système de traitement du langage naturel, les autorités lui mettent à disposition les appels d’urgence à la police. Une autre manière de soutenir la recherche et le développement, très loin de considérations éthiques sur l’utilisation des données personnelles.

Le fait que la Fondapol insiste sur le caractère positif de l’IA en Chine ne l’étonne pas du tout : « L’idée du plan chinois est de rendre service aux citoyens. Le parti est persuadé qu’il est dans une position assez dangereuse avec l’émergence d’une classe moyenne qui a voyagé, qui a été exposée aux aspects séduisants de la démocratie, et qu’il faut continuer à satisfaire. Les Chinois diront que le Social credit system est un service qui offre des avantages. »

Dernièrement, l’Agence de presse officielle Xinhua  a dévoilé un présentateur de JT virtuel : Qiu Hao. Il peut de lire des actualités avec une voix de synthèse. « C’est une très belle réalisation technique, commente Françoise Soulié. Ils veulent montrer qu’ils sont les meilleurs. »