Primaire de la droite : A la veille du premier tour, nous concluons notre série sur les programmes. Coup de projecteur, avec la Fondapol, sur les points communs et les différences entre les candidats.

Trompe-l’œil : 1er tour de chauffe à l’élection présidentielle, celui de la droite et du centre, s’achève. Il aura su, jusqu’au bout, éviter pugilats verbaux et règlements de comptes de bas étage pour se concentrer sur les projets de chaque prétendant. Une campagne bien tenue, donc, ou les candidats, issus du même camp, se retrouvent sur l’essentiel et ne sont séparés que par quelques nuances. De ce combat en trompe-l’œil, subtil et parfois ennuyeux, ne sortira qu’un vainqueur. La hiérarchie des favoris — Juppé, Sarkozy, Fillon — distingue trois personnalités qui misent davantage sur leur stature et leur expérience que sur l’originalité de leurs idées. Comme si l’électeur français, qui se dit pourtant avide de renouvellement, finissait toujours par accorder sa confiance à ceux qu’il connaît le mieux.

 

NOTRE SÉRIE sur les programmes des candidats les Républicains (LR) à la primaire de la droite et du centre s’est terminée la semaine dernière avec l’interview de Nicolas Sarkozy (12 novembre). Elle avait commencé le 13 octobre avec Alain Juppé, pour se poursuivre avec Jean-François Copé (18 octobre), Nathalie Kosciusko Morizet (20 octobre), Bruno Le Maire (26 octobre) et François Fillon (8 novembre). Les propositions de ces six personnalités ont été passées au crible et comparées par les journalistes de notre rédaction et par les experts de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). Des entretiens d’une heure et demie à deux heures que l’on peut visionner et lire dans nos colonnes et sur le site Web de notre journal. Le septième concurrent de cette primaire, Jean-Frédéric Poisson, du Parti chrétien-démocrate, qui avait sollicité pour cette série n’a pas donné suite. II a finalement été interviewé le 17 novembre. A la veille du premier tour, ces interviews constituent une grille de lecture des positionnements sur l’échiquier politique des six candidats, ainsi que le reflet d’un style qui ne manquera pas d’imprimer le contenu et le rythme des réformes que ces personnalités — dont toutes ont été à des postes de ministres, de Premiers ministres ou de président — mèneront si elles l’emportent le 7 mai prochain.

NE PLUS DECEVOIR LES ELECTEURS

De ces entretiens, nous avons sélectionné sept thèmes majeurs : impôts, dépenses publiques, retraites, allocations chômage, éducation, laïcité et sécurité. II ressort de cet exercice bilan beaucoup de points communs, mais aussi des différences. De Nathalie Kosciusko-Morizet, la plus ouverte aux nouvelles tendances de la société, à François Fillon, dont la vision est beaucoup plus conservatrice, tous souhaitent des comptes publics rééquilibrés, un fonctionnement de l’Etat et des collectivités locales plus économes, le report de l’âge de la retraite et la fin des régimes spéciaux, une réforme de l’enseignement et une sécurité renforcée. Surtout, en chiffrant leurs propositions, les candidats démontrent, comme le souligne Dominique Reynié de Fondapol, leur volonté de passer des paroles aux actes et de ne plus décevoir des électeurs revenus de tant de promesses non tenues.

« Tous veulent convaincre qu’ils sont prêts à agir »

Par Dominique Reynié, Directeur général de Fondapol

POLITOLOGUE, Dominique Reynie, est directeur général du think tank Fondapol, Fondation pour I’innovation politique.

Trouvez-vous que les candidats ont travaillé sérieusement ?

DOMINIQUE REYNIE. Les programmes ont été manifestement travaillés car tous les candidats ont fait l’effort de chiffrer leurs réformes. C’est frappant aussi de voir l’insistance de tous à démontrer leur capacité à faire ce qu’ils disent. Cet effort est lié aux rencontres que les uns et les autres ont eues avec les électeurs déçus par les promesses que la droite n’a pas tenues lorsqu’elle était au pouvoir. Enfin, tous ont mené une réflexion sur leur méthode de gouvernement.

Y a-t-il de grandes différences entre les programmes ?

Au contraire : je constate une forte convergence sur des thèmes majeurs comme la réduction des dépenses publiques, la restauration des fonctions régaliennes de l’Etat… Certes, il y a quelques différences sur l’Europe et sur l’évolution de la société Mais il n’y a pas les clivages de fond qui ont fracturé la gauche lors de la primaire de 2011 pendant laquelle on a vu s’affronter Martine Aubry et François Hollande, et surtout Arnaud Montebourg et Manuel Valls.

Et sur la méthode de gouvernement ?

Sur les instruments, oui autour de l’utilisation ou pas du référendum, sur les ordonnances, sur la préparation des textes en amont. Mais pas sur les intentions tous veulent convaincre qu’ils sont bel et bien prêts et décidés à agir. Cette quasi-similitude tant programmatique que de méthode facilite les transferts d’intentions de vote d’un candidat à I’autre et l’instabilité des sondages. Les électeurs se déterminent plus sur les styles des candidats.

Cette primaire aura-t-elle un impact sur la présidentielle ?

Le candidat de droite qui l’emporterait à la présidentielle aura la tâche difficile. Il serait en effet soumis à une double pression contradictoire. D’un côté, celle des candidats malheureux à la primaire mais qui considèrent être capables de participer à la primaire suivante. Je pense à Copé, NKM ou Le Maire qui rejoindront, peut-être, l’équipe présidentielle ou ses soutiens mais chercheront, le moment venu, afin de préparer leur propre avenir, à prendre leurs distances en rappelant au gouvernement ses engagements pris lors de la primaire. De l’autre, il y aura la pression des électeurs du centre et surtout de la gauche qui auront aidé le président de droite à gagner l’élection face, comme cela paraît probable, à Marine Le Pen. L’exercice s’annonce compliqué.