PRÉSIDENTIELLE.

La candidate du Front national mise sur le délitement de la droite illustré par son accord avec Nicolas Dupont-Aignan

«Tout se passe en définitive comme si le fameux plafond de verre qui rend si difficile la victoire finale des candidats du Front national ne cessait de s’élever au fur et à mesure de sa progression électorale». En concluant par cette phrase son étude sur «Le FN face à l’obstacle du second tour» (Fondapol.org), le politologue Jérome Jaffré pronostiquait, avant le 23 avril, une impasse pour le vote Le Pen.

Qu’en est-il à une semaine de la finale du 7 mai, après le ralliement spectaculaire de Nicolas Dupont-Aignan? Etat des lieux, alors que le FN va de nouveau mobiliser ses troupes ce lundi ler mai, pour la traditionnelle fête de Jeanne d’Arc (Marine Le Pen tiendra meeting à Villepinte) et que les derniers sondages donnent toujours Emmanuel Macron vainqueur, à environ 60% des voix.

  • Souverainistes et insoumis, la double cible pour le FN

Marine Le Pen a deux objectifs: démontrer aux électeurs de la «France insoumise» de Jean-Luc Mélenchon qu’elle incarne aussi le «dégagisme» et le «vote anti-système», et accroître les failles ouvertes au sein de la droite par son accord de gouvernement conclu vendredi avec le candidat de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan (4,8% des voix). Pour faire ce grand écart entre la gauche radicale et la frange la plus traditionaliste de la droite, la candidate du FN doit diaboliser Emmanuel Macron lors du débat télévisé du 3 mai, et continuer de tirer à boulets rouges sur l’Europe.

Problème: le report des voix en provenance de ces deux bassins d’électeurs reste loin d’être garanti. Si 46% des électeurs de Dupont-Aignan sont prêts à suivre leur chef selon les sondages, une autre moitié s’y refuse et plusieurs figures de son mouvement ont d’ailleurs démissionné avec fracas après l’annonce, vendredi, d’un contrat de gouvernement avec le FN qui pourrait voir le candidat récompensé par le poste de premier ministre. Du coté de la France insoumise, et malgré le refus de Jean-Luc Mélenchon de donner une consigne de vote, le fossé est plus grand encore: moins de 15% seraient prêts à franchir le pas.

  • L’Europe et l’euro, obstacles majeurs

Forte de 21,3% des voix au premier tour – record historique – la candidate du Front national doit, pour devenir majoritaire le 7 mai, surmonter un obstacle majeur: la question européenne. Selon le dernier sondage Eurobaromètre publié le 27 avril, 53% des Français considèrent toujours l’appartenance à TUE comme une «bonne chose», alors que 14% seulement veulent quitter l’Union.

La preuve de ce défi a été donnée dimanche. Dans un entretien au Parisien, Marine Le Pen a affirmé que le retour au franc, qu’elle préconise, pourrait s’accompagner d’un maintien d’une monnaie unique pour le commerce. Elle a aussi réaffirmé que «l’euro est un boulet» et qu’en cas de défaite au référendum qu’elle veut organiser sur le sujet, elle considérera «ne pas être en capacité de rester en situation». Avant d’expliquer, dans un communiqué, que «sa position n’a pas changé». «Je continue de penser qu’un pays d’épargnants et de propriétaires comme la France n’est pas prêt à tenter l’aventure frontiste», pronostique le politologue Dominique Reynié.

  • Cap sur la droite catholique

Le refus du pape François de se prononcer sur l’élection française, expliqué ce week-end à son retour d’Egypte par le fait «qu’il ne connaît pas» Emmanuel Macron, a-t-il ouvert une brèche? «Je constate un affaissement des valeurs. Contrairement à 2002 et aux multiples appels à faire barrage à Jean-Marie Le Pen, le discours frontiste démagogue sur la défense des valeurs n’est pas rejeté», s’indigne le chercheur Dominique Wolton. Les évêques catholiques français n’ont ainsi pas pris de position collective anti-Le Pen, au point que, pour le quotidien La Croix: «Jamais une élection n’aura autant mis au jour le morcellement du paysage catholique de l’Hexagone.»

A l’opposé, Emmanuel Macron s’est empressé de rassurer la communauté juive. Il était hier au mémorial de la Shoah après s’être rendu, vendredi, au village martyr d’Oradour-sur-Glane, où les SS ont commis un massacre durant la guerre. Plusieurs figures de la résistance et de la déportation ont estimé, dimanche, que «la France ne peut pas prendre le risque mortel de l’extrême droite».

  • RICHARD WERLY, PARIS COLLABORATION FLORIAN DELAFOI