Sentiment que le match est plié, « non-vote » contestataire, désaffection pour la politique après un trop grand nombre de scrutins… L’abstention record du premier tour des élections législatives peut s’expliquer de diverses manières.
19,24 % de participation à midi ; 40,75 % à 17 heures ; 48 %71 % au final. Ce dimanche, les chiffres ont évolué au fil des heures, mais le constat est resté le même : le taux d’abstention a atteint un niveau record pour un premier tour des élections législatives sous la Ve République. « Moins d’un électeur sur deux est allé voter ». La phrase a été martelée dimanche soir sur les plateaux télé, dans la presse, par les acteurs et les observateurs de la vie politique. C’est en effet l’un des faits marquants de cette élection : les Français ont boudé les urnes. Mais pourquoi ?

Plus d’abstentions chez Mélenchon et Le Pen

Selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio , les électeurs d’Emmanuel Macron sont ceux qui se sont le plus déplacé. A contrario, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon se sont les plus abstenus (58 %). Suivis de près par ceux de Marine Le Pen (55 %). Deux dynamiques perdues après une longue campagne : le candidat de La France Insoumise à l’élection présidentielle, qui cherche à se positionner en tant que première force d’opposition à Emmanuel Macron, avait obtenu plus de 7 millions de suffrages le 23 avril dernier. Aux législatives, son parti récolte un peu plus de 2 millions de voix. Le Front National obtient de son côté un peu moins de 3 millions de votes , quand il en récoltait 10 millions le 7 mai, au second tour de l’élection présidentielle.
L’analogie présente évidemment ses limites. Les deux scrutins sont très différents. Dans le cas des législatives, les électeurs sont appelés à voter pour un parti plus que pour un candidat. D’ailleurs, selon le sondage Ifop-Fiducial, le fait de ne pas connaître le candidat qui se présente serait la deuxième justification évoquée par les abstentionnistes.

Match joué d’avance

Cependant, à en croire Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop, l’abstention record, « n’est pas une surprise ». Il faudrait y voir une tendance, puisqu’on observe « depuis 20 ans, une baisse régulière du taux de participation (…) C’est un scrutin qui a perdu son autonomie. Les électeurs ont le sentiment que les jeux sont faits après la présidentielle, et se disent ‘à quoi bon aller voter' ».

La forte abstention relèverait donc « d’un mécanisme politique et institutionnel », comme l’indique le politologue Dominique Reynié : « Depuis le passage au quinquennat et à la simultanéité des élections législatives en 2002, les Français élisent une législature pour le mandat présidentiel à venir. Et depuis lors, ils ont toujours donné une majorité à l’Assemblée nationale au nouveau président de la République. Ainsi, une proportion conséquente des électeurs opposés à la politique proposée par l’exécutif préfère l’abstention au vote contestaire ». Dans le sondage Ifop, 10 % des personnes interrogées disent ne pas avoir voté pour « manifester son mécontentement ».

Une campagne discrète

Autre facteur possible, après une campagne présidentielle longue et très médiatisée, la séquence législatives a eu relativement peu d’écho dans la presse. Notamment à la télévision, où il n’y a pas eu d’émissions politiques sur le scrutin par exemple. La campagne des législatives a été courte, avec très peu de grands meetings.

La désaffection à l’égard du scrutin des législatives pourrait enfin s’expliquer par une forme de lassitude du corps électoral. En un peu plus de six mois, les Français ont en effet été appelés à voter pas moins de sept fois, en comptant les primaires de la droite et de la gauche à l’automne.