La démocratie est malmenée, partout à travers le monde, comme le montre une étude que nous dévoilons en exclusivité. Particulièrement sceptiques, les jeunes. Certains n’hésitant pas à plébisciter des régimes plus autoritaires.

Sale temps pour la démocratie. Le système inventé par les Grecs il y a plus de 2 500 ans, décrit par Churchill comme « le pire des régimes… à l’exception de tous les autres », est contesté de toutes parts. Après une période faste dans la décennie 1990, qui vit naître ou renaître, à travers la planète, de plus en plus d’États démocratiques, à la suite de l’effondrement du bloc soviétique et à la fin de l’affrontement Est-Ouest, c’est l’ère du repli qui s’installe désormais.

En Europe, en Amérique, de la Hongrie d’Orban au Brésil de Bolsonaro, en passant par l’Amérique de Trump, fleurissent les « démocratures » et autres démocraties « illibérales ». Pourtant, là n’est peut-être pas le pire…

Non, le plus grave, c’est un affaissement généralisé, chez les citoyens, de l’attachement à la démocratie. C’est ce que révèle l’étude, à la fois passionnante et troublante, que nous vous présentons en exclusivité. Deux think tanks d’obédience libérale, l’un français, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), l’autre américain, l’International Republican Institute (IRI), associés au sondeur Ipsos, ont mené une enquête dans 42 pays*, interviewant 36 395 personnes en 33 langues !

« La tentation radicale d’un recours à la force »

À une semaine du scrutin européen, le constat est alarmant. En Europe, « l’opinion selon laquelle la démocratie ne fonctionne pas bien domine », relève le politologue Dominique Reynié, directeur de Fondapol. Qu’est-ce qui ne va pas, au juste ? Tout, ou presque. L’État, jugé incapable de répondre aux défis multiformes qui nous menacent ; le gouvernement, les élus, inaptes à mettre en œuvre les programmes pour lesquels ils ont été choisis par les électeurs ; les institutions dans leur ensemble, perçues comme des fétus de paille balayés par les vents de la mondialisation, le souffle incontrôlé des marchés financiers, des multinationales, etc. La défiance, surtout chez les jeunes générations, gagne jusqu’aux élections elles-mêmes, de plus en plus de citoyens doutant de leur réelle transparence.

Dans ce maelström, où se tourner ? Quel recours ? La réponse, exprimée dans 42 pays, fait irrésistiblement songer au mot d’ordre qui fit florès, l’hiver dernier, parmi nombre de Gilets jaunes : « le général de Villiers à Matignon ! ». Là, ce qu’on voit s’exprimer dans l’étude, c’est « la tentation radicale d’un recours à la force et au leadership autoritaire », indique Anne Muxel, du Cevipof (Centre d’étude de la vie politique française), spécialiste de la jeunesse.

Laquelle jeunesse est particulièrement concernée par le phénomène. « Les jeunes sont plus nombreux que leurs aînés à considérer que les menaces contre la démocratie doivent justifier une ingérence militaire (53 % des moins de 35 ans contre 39 % des 60 ans et plus), souligne la politologue. Et ils sont aussi plus nombreux à envisager la possibilité d’un pouvoir militaire pour gouverner le pays (31 % contre 11 %). »

 

Noir, c’est noir pour la démocratie ? Pas tout à fait, heureusement. S’ils sont déçus par son fonctionnement, les gens restent pour la plupart attachés au principe même de la démocratie. De même, ils estiment, sur bien des sujets -politique envers les migrants, défense de l’euro, etc.- que l’Union européenne, forte de ses 500 millions d’habitants et de ses richesses, est mieux armée que les États pour affronter la globalisation. En clair, il reste un ultime espoir pour nos démocraties, à condition qu’elles réussissent enfin à se montrer efficaces. Reste à savoir comment…

*Les 28 pays membres de l’Union européenne, plus Norvège, Suisse, Ukraine, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Serbie, Australie, Brésil, Canada, États-Unis, Israël, Japon, Nouvelle-Zélande.