Christophe de Voogd, président du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique était le 8 juillet 2019 l’invité de Antoine Genton sur France Culture afin d’apport des éléments de réflexion autour de la question : « Qu’est-ce que la droite ? », posée deux jours plus tôt à Paris aux cadres des Républicains. Cadres peu nombreux à s’être déplacés. Les rangs de cette convention étaient clairsemés…

« Qu’est-ce que la droite ? », donc. Question existentielle pour une formation moribonde, à la recherche non seulement de ses électeurs, mais aussi, et peut-être d’abord, de son identité, de ses valeurs – et c’était cela l’objectif de la réunion. Discuter de ces valeurs – négligées, oubliées voire perdues… Et en réaffirmer, voire en définir de nouvelles. Elles doivent être dévoilées demain…

À gauche aussi, c’est un sujet. Au Parti socialiste, par exemple – autre parti de gouvernement laminé. Sujet encore discuté, pas encore tranché. Il faut dire que la déroute, les déroutes électorales ont laissé des traces. Et que de nouveaux thèmes structurent la vie politique. Pas facile de suivre et de s’adapter…

Bref, les partis politiques ont-ils encore des valeurs ?

Retrouver l’émission dans son intégralité, ici. 

La notion de valeurs : 

« Les valeurs : c’est une notion complexe que l’on oppose classiquement aux faits. Les valeurs, ce n’est pas de l’ordre du fait mais des entités transcendantes. Il y a tout de suite une ambivalence dans cette notion… La valeur est une question philosophique constante… La politique est un conflit de valeurs et cette question du statut des valeurs reste essentielle et non résolue. » Sandra Laugier.

Les valeurs en politique : 

« La politique, c’est des convictions qui s’affrontent et la politique est là pour arbitrer… Le progrès est une valeur transpartisane. » Christophe de Voogt.

« Les valeurs renvoient à des conflits, à de la politique, car ce sont des responsables politiques qui sont là pour nous aider à nous constituer ou à nous diviser. Il y a une dimension des partis qui structure des valeurs sur lesquelles les gens vont avoir à voter. » Vincent Tiberj.

« Dans les années 80, il y avait un combat autour des valeurs de liberté : la gauche défendait la liberté, la droite, les libertés… Les valeurs sont une notion très éloignée, au fond, de la décision politique… » Jérôme Sainte-Marie.

« On n’est clairement plus dans un monde où la religion, l’appartenance de classe nous structure… Ce n’est pas parce qu’on est dans différents groupes qu’on n’a pas des valeurs. On est à la fois dans une montée de l’individuation, qui ne veut pas dire l’individualisme. » Vincent Tiberj.

Les citoyens face aux valeurs : 

« Il y a constamment une revendication de valeurs par les citoyens et par les individus : eux-mêmes sont porteurs de valeurs, ce n’est plus forcément eux qui obéissent à des valeurs… Par exemple, du côté des citoyens, la démocratie s’est transformée en revendication politique et en valeur. » Sandra Laugier.

« Le progressisme, c’est Emmanuel Macron qui en parle alors que le sens qu’il lui donne n’est pas celui donné à gauche. » Vincent Tiberj.

« Dans les années 80, la laïcité était une valeur de gauche qui travaillait contre le catholicisme et dix ans après, les choses ont changé… l’adversaire est devenu l’islam, l’étranger… » Vincent Tiberj.

« La manière dont les partis élaborent aujourd’hui leur corpus doctrinal est très différente de ce qu’ils faisaient dans les années 70… On parle beaucoup de valeurs mais n’oublions pas que les partis sont devenus des partis de professionnels où le but du jeu est de trouver l’équation gagnante. Je suis prudent face à l’idée d’une doctrine macronienne. » Vincent Tiberj.

« Les valeurs me semblent opérantes en politique à condition qu’elles soient liées à des intérêts sociaux. Quand un parti politique a du mal à servir sa clientèle, il a tendance à se réfugier dans les valeurs. » Jérôme Sainte-Marie.