TRIBUNE – Face aux Etats-Unis et à la Chine, c’est à nous désormais d’imposer nos choix pour défendre le modèle de développement et de coopération correspondant à nos valeurs.

Les élections au Parlement européen de mai prochain se dérouleront dans un contexte critique.  Dix années de crise ont bouleversé un paysage si familier qu’il paraissait immuable. Mises à rude épreuve par une longue série de crises, les sociétés européennes ont payé cher des ajustements réalisés dans l’urgence.

Les Européens doutent de la trajectoire de l’Union. Nos économies, malgré le marché unique, la libre circulation et, en partie, la monnaie commune, ne convergent pas spontanément. Des déséquilibres profonds, liés à nos histoires locales, à nos spécialisations productives et à la diversité de nos compromis sociaux rappellent que tous les Européens n’ont pas les mêmes intérêts, les mêmes exigences, ni les mêmes urgences.

La mauvaise gestion de  la crise des réfugiés et des problèmes liés aux phénomènes migratoires n’a fait qu’aggraver la situation, ouvrant le champ à ceux qui, cherchant à tirer profit de ces incertitudes, semblent prêts à renoncer aux valeurs fondamentales de l’Union européenne.

Le sursaut européen ou la fragmentation

L’impréparation, la lenteur des décisions, le refus d’appliquer des règles décidées ensemble ont montré au grand jour des divisions entre pays membres. Pire, le rejet de  « Bruxelles », c’est-à-dire du projet commun, devient un argument électoral puissant.

Pourtant, l’Europe a su évoluer en montrant sa capacité à innover dans l’adversité et à retrouver la voie de la décision politique. Les dix dernières années n’ont pas été seulement une suite de  « sommets de la dernière chance ». La crise de l’euro et la crise des réfugiés ont révélé une volonté de de progresser dans la coordination de nos choix, démontrant ainsi la solidité de la dynamique européenne.

Au moment d’élire le nouveau Parlement européen, la question posée est celle du choix entre le sursaut européen ou la fragmentation, entre la réinvention de l’Europe ou sa mise à l’arrêt, prélude à une décomposition annoncée. La paralysie qui domine le débat politique britannique est révélatrice de l’illusion vendue par le slogan du retour à la décision domestique (« Take back control »). Les conséquences d’un arrêt de l’Union seraient immenses, non seulement pour le risque que cela créerait sur la prospérité des peuples concernés, mais également en raison de notre fragilisation vis-à-vis du monde extérieur.

Nouveaux rapports

Le contexte mondial est plus pressant encore pour les pays européens. Le retrait stratégique et l’unilatéralisme commercial des Etats-Unis, la montée en puissance de la Chine sur le plan économique mais aussi technologique et stratégique alertent les Européens sur les nouveaux rapports de force qui se dessinent à l’échelle globale.

C’est à nous désormais d’imposer nos choix pour défendre le modèle de développement et de coopération correspondant à nos valeurs. Les défis climatiques et environnementaux appellent plus de coopération et d’entente mutuelle. Cette mutation du système international est une occasion historique de prendre conscience de l’exigence mais aussi de la force du projet européen.

C’est aux citoyens qu’il appartient de faire de l’Europe un espace toujours plus solide de coopération, de rapprochement, de solidarité, de justice. Le moment est venu d’affirmer plus fortement notre volonté d’être ensemble. Tel est le message que nous voulons adresser avec le Sommet des réformistes européens au cours duquel les intervenants venus de toute l’Europe, à l’invitation des think tanks français, débattront et présenteront leurs conclusions le 17 novembre dans le Grand Amphithéâtre de La Sorbonne.

Yves Bertoncini est président du Mouvement européen-France, Gilles Finchelstein est directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, Thierry Pech est directeur général de Terra Nova, Dominique Reynié est directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et Bernard Spitz est président des Gracques.