Consciente que l’actualité joue en sa faveur, la patronne du RN choisit de ne pas verser dans la surenchère sur la double crise sanitaire et sécuritaire que traverse le pays. Pour mieux se « présidentialiser » dans l’opinion publique.

Le plafond de verre est-il en train de se fissurer? Alors que la France fait face à une double crise sanitaire et sécuritaire inédite, le Rassemblement national de Marine Le Pen apparaît déjà comme l’un des grands bénéficiaires du climat de tensions qui agite le pays. A un an et demi de l’élection présidentielle, les Français semblent plus que jamais tentés par un vote protestataire: près de 8 électeurs sur 10 (79%)  se disent prêts à choisir entre l’abstention, le vote blanc et le vote antisystème en 2022, selon le dernier rapport de la Fondation pour l’innovation politique, publié le 25 octobre. Dans les sondages conduits par l’institut Opinion Way, la présidente du Rassemblement national apparaît en position de force: elle est créditée d’un potentiel électoral « intermédiaire » (les électeurs qui ont de « fortes chances » de voter pour elle) de 18% au premier tour de la présidentielle, contre 16% pour Emmanuel Macron et seulement 8% pour Jean-Luc Mélenchon. Mieux, la députée conforte sa position chez les plus jeunes: un quart des 18-24 ans se disent désormais « certains » ou ont de « fortes chances » de voter pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle.

Pas de triomphalisme

Ces chiffres encourageants sont accueillis sans triomphalisme dans les rangs de la formation à la flamme. Soucieux de ne pas apparaître comme tirant profit de la situation, alors que le pays est agité de soubresauts, les lepénistes font preuve de la plus grande prudence. Marine Le Pen, elle même, a choisi la sobriété. Une allocution solennelle après l’assassinat du professeur Samuel Paty et quelques interventions succinctes sur le Covid-19. Mais pas de surenchère. Une stratégie validée par son premier cercle: « Il est évident que tout ce qui se passe ne fait que valider ce que l’on dit depuis longtemps, indique le maire de Perpignan, Louis Aliot. Mais ce n’est pas la peine d’en rajouter. Cela ne sert à rien de s’agiter, de faire de la communication. On a déjà pointé les problèmes, on a un programme que tout le monde connaît. C’est en train d’infuser. » Sur les questions sanitaires, les élus RN sont même encouragés à ne pas trop en dire. « Les médecins et les pseudo-experts qui ont défilé sur les plateaux de télévision ont beaucoup contribué au climat anxiogène que nous connaissons aujourd’hui, indique le trésorier du RN Wallerand de Saint-Just. Nous essayons au contraire de ne pas parler à tort et à travers sur les questions techniques. »

Voir l’article original ici.